2019

Publié le 22 Janvier 2020

La Panthère des Neiges de Sylvain Tesson

Embarqué pour un magnifique voyage. Un roman initiatique de Sylvain Tesson qui campe un décor magnifique et glacial. De nouveau, Sylvain Tesson repousse les frontières de nos ornières nous offrant une méditation contemplative. La recherche de la panthère des neiges est le plus beau prétexte à la quête de notre propre finitude. De manière philosophique, l’auteur guide le lecteur vers une réflexion sur sa place dans le monde, dans le règne animal et sur ses interactions avec son entourage.

 

L’auteur, par sa propre introspection, engendre celle du lecteur. L’émotion et l’émotivité des mots résonnent dans cette immensité tibétaine. L’attente, l’affût de l’apparition de cette panthère des neiges galvanisent les espoirs et les déceptions.

 

Je me suis perdue dans cette attente avec les mêmes réflexions de l’auteur. Merci pour ce voyage initiatique !


« Pendant dix jours, tous les matins, nous battions les environs, traversions les glacis à grands pas (les enjambées de Munier). Au réveil, nous montions à quatre cents mètres au-dessus du baraquement, sur les arêtes de granit. Nous les atteignons une heure avant le jour. L’air sentait la pierre froide. Il faisait -25°C : la température n’autorisait rien, ni mouvement, ni paroles, ni mélancolie. Tout juste attendions-nous le jour dans un espoir hébété. A l’aube, une lame jaune soulevait la nuit et deux heures plus tard le soleil émiettait ses taches sur les nappes de cailloux piquetées d’herbe. Le monde était l’éternité gelée. On aurait dit que les reliefs ne pourraient plus jamais s’effriter dans ces froidures.

Mais soudain, l’immense désert que je croyais abandonner et que la lumière avait dévoilé se mouchetait de taches noires : les bêtes. »

« Dans ce haut parvis de la vie et de la mort, il se jouait une tragédie, difficilement perceptible, parfaitement réglée : le soleil se levait, les bêtes se pourchassaient, pour s’aimer ou se dévorer. Les herbivores passaient quinze heures par jour, la tête vers le sol. C’était leur malédiction : vivre lentement, occupé à paître une herbe pauvre mais offerte. Pour les carnassiers la vie était plus palpitante. Ils traquaient une nourriture rare, dont la rafle constituait la promesse d’une fête de sang et la perspective de siestes voluptueuses. »

« - Vénérer ce qui se tient devant nous. Ne rien attendre. Se souvenir beaucoup. Se garder des espérances, fumées au-dessus des ruines. Jouir de ce qui s’offre. Chercher les symboles et croire la poésie plus solide que la foi. Se contenter du monde. Lutter pour qu’il demeure. »

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Sylvain Tesson, #La panthère des neiges, #Roman initiatique, #Prix Renaudot

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Publié le 12 Janvier 2020

Le Sahara : Monique Vérité

«  Le Désert est plus beau que tout. Lui seul émeut comme la Mer. » : Colette

 

La culture est synonyme d’ouverture au monde et si ce monde était une immense étendue de sable chaud.

 

Pas de doute, le Sahara se découvre, s’admire, devient synonyme d’angoisse chez les uns ou de passion chez les autres. Dans tout cet univers, il fascine.

 

Monique Vérité revient sur cette découverte de l’occident vers l’orient. Cette aventure ne s’est pas développée en un claquement de doigt. Il a fallu des aventuriers, des baroudeurs, des religieux, des écrivains et des poètes pour nous retracer cette belle épopée.

 

L’auteur a méticuleusement sélectionné des textes retraçant ce voyage initiatique. Ce recueil permet de découvrir des auteurs méconnus et de comprendre ce désert fantasmé.

 

A lire afin de découvrir encore !

« Chaque jour nous apporte une joie, une émotion, une fête : c’est une noce où l’on brûle de la poudre ; c’est une caravane qui part, qui passe, qui revient ; ce sont des hôtes bien venus, et jamais un invité de Dieu n’a couché dehors ; c’est le conseil qui s’assemble, c’est la tribu qui change de campement ; c’est la chasse à l’autruche, au lerouy, à l’antilope, à la gazelle, avec des slouguisen relais ; au lièvre, à la perdrix, à l’outarde, avec l’oiseau de race (le faucon). (…)
Pour peu qu’un Saharien soit à son aise, il ne fait absolument rien ; travailler, c’est une honte… »
Grand Désert ou Itinéraire d’une caravane : N. Chaix

« Ils marchaient sans bruit dans le sable, lentement, sans regarder où ils allaient. Le vent soufflait continûment, le vent du désert, chaud le jour, froid la nuit. Le sable fuyait autour d’eux, entre les pattes des chameaux, fouettait le visage des femmes qui rabattaient la toile bleue sur les yeux. Les jeunes enfants couraient, les bébés pleuraient, enroulés dans la toile bleue sur le dos de leur mère. Les chameaux grommelaient, éternuaient. Personne ne savait où on allait. »
La retraite des « Hommes bleus » : Jean-Marie Gustave Le Clézio

« Notre demeure familière à nous c’est…
L’espace
Notre paradis a nous est toujours…
Par-delà l’horizon.
Nous jouons à courir derrière
Mais au fond de nous, nous savons…
Nous savons…
Que nous ne l’atteindrons jamais, mais
Qu’importe ?
Qu’importe que nous ne l’atteignions jamais
Nous le poursuivons toujours
Et notre joie est
Dans la quête.

Mammeri

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Favre, #Désert, #Sahara, #Monique Vérité

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Publié le 6 Décembre 2019

Saint-Nicolas

Les traditions ne doivent pas se perdre surtout quand elles touchent les enfants. Apprendre des poésies sur cette image emblématique de notre enfance reste magique. Alors en avant la farandole de chocolats et de clémentine !

Voyons, voyons, saint- Nicolas,

Il ne faut plus entrer par-là,

La cheminée ; c'est démodé

D'ailleurs elle n'est pas ramonée.

Là dedans vous vous y saliriez. Et si vous y restiez coincé ? .

Allons, allons, saint- Nicolas,

J'ouvre la porte et puis voilà.

Que voulez-vous tout a changé !

Il faut vous en faire une idée ! .

Que prendrez-vous saint-Nicolas ? 

Du café ou du chocolat ? 

*******

Saint Nicolas mon bon patron,

Apportez moi des macarons,

Des biscuits pour les p'tites filles,

Des marrons pour les garçons,

Des mirabelles pour les d'moiselles,

De beaux rubans pour les mamans,

Du tabac pour les papas,

Des lunettes pour les grands pères,

Des halettes pour les grands mères

Un pot de fleurs pour ma chère soeur

Un baiser pour mon petit cœur
 

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Saint-Nicolas, #6 décembre

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Publié le 4 Décembre 2019

LOST de Claude Dussez et Quentin Mouron : Inoubliable

Ce livre photo-poésie est juste un bijou. Je me suis perdue dans ce désert aride, puissant et dur. Dans cette dureté épurée, le lecteur donne une âme à cette Amérique désolée et abandonnée.

 

Le choix du noir et blanc est juste crucial pour animer ces paysages absolument sublimes. Dans cette solitude, le lecteur découvre une humanité. Les photographies poussent à la médiation, au recueillement voire même à la rêverie. Claude Dussez capte et transcende la sensibilité dans cet isolement.

 

Les rails de train qui disparaissent sous le sable carnivore et les carcasses de vieilles bagnoles rouillées insufflent un restant d’humanité. Le spectateur désire continuer le chemin guidé par ces rails qui s’évaporent. Les photographies sont poétiques. Chaque image raconte une histoire que chaque observateur s’accapare avec sa propre sensibilité.

 

Les poèmes agrémentent les icônes de cette Amérique déçue. La musicalité des textes invite à comprendre les désillusions d’un monde qui s’essoufle.  Quentin Mouron raconte son amour de l’Arizona et de sa richesse artistique. Ces textes sont juste poignants dans leur constat. 

 

LOST  à mettre absolument au pied du sapin !!!

 

Il n’y a personne au volant

Un lac de sel
Une camionnette
- Le pare-brise brille
Il n’y a personne au volant
Personne autour
Pas de vent
Pas de vie


Qu’une camionnette rouge
Au milieu du sel blanc.

Une langue qui n’a plus le goût

Désert cendreux
Vent amer
Levé comme
Un adversaire
Une langue lourde et noire
Repliée sur une vengeance lasse.
Une langue qui n’a plus le goût
Des cris et des injures.
Une langue morte
Enterrée dans la cendre.

Et le vent
Continue à souffler
-Et salit ce qu’il balaie.

Il ne reste que tes yeux alourdis par


(…) A la fin il ne reste qu’un téléphone débranché
- Et personne pour te répondre.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Amérique, #un goût d'Amérique, #Claude Dussez, #Quentin Mouron

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Publié le 23 Novembre 2019

Plein le dos : Olivier Girard

Qui n'a jamais entendu les mots fatidiques "J'ai mal au dos" ou qui n'a pas soi-même prononcé cette sentence.

Et si tout commençait par une mauvaise posture. N'incriminons pas trop rapidement les ordinateurs et notre fâcheuse tendance à se vautrer sur notre canapé des heures durant. Aujourd'hui, il est temps de comprendre toutes les erreurs que nous commettons mais surtout de modifier nos habitudes.

 

Vous pourrez m'opposer une objection telle que "encore un énième bouquin qui m'explique ce qu'il faut faire!"

Et bien, non, ce livre offre vraiment des astuces, des techniques de positionnement afin de rééduquer à la fois nos muscles dorsaux mais aussi notre cerveau.

Pour obtenir des résultats, le travail devra être assidu et se déroulera sur une durée d'environ trois mois.

J'avoue faire partie des mauvais élèves de la mauvaise posture, néanmoins j'ai décidé de remédier à cela en offrant à mon dos vieillissant une nouvelle jeunesse. Les résultats sont spectaculaires. 

A vous de tenter de retrouver le dos de vos vingt ans. Gardez à l'esprit que muscler son dos aujourd'hui vous permettra de conserver une ossature correcte pour vos vieux jours !

Des études ont même montré que les travailleurs qui prennent régulièrement des courtes pauses travaillent plus et font moins d'erreurs que ceux qui prennent des pauses plus longues et moins fréquentes quand la fatigue s'installe. Il est très difficile de s'en débarrasser.

9.1.4 Semaine 3 : exercice (équilibre)

les pieds parallèles:
- déplacez votre poids vers les orteils, puis juste sous l'arche, puis vers les talons, puis à nouveau vers l'arche:
- en maintenant le poids sous les arches, déplacez votre poids vers le pied gauche, vers les deux pieds, vers le pied droit puis vers les deux pieds à nouveau;
- déplacez votre poids en dessinant un huit puis des zéros dans un sens et dans l'autre, et pensez : stop: A cet instant, ramenez votre poids en position neutre aussi directement que possible;
-refaites toute la séquence les yeux fermés, avec une concentration extrême sur ce qui se passe sous vos pieds. Fermez les yeux mobilise l'oreille interne, qui participe largement à votre équilibre général.

17.1 Dormir sur le ventre

C'est la pire des postures des trois: le bas du dos est creux, la nuque tordue, et la position habituelle des bras (au dessus des épaules) contracte la nuque et les épaules.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #santé, #Olivier Girard, #Favre

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Publié le 13 Novembre 2019

Le Mystérieux correspondant et autre nouvelles inédites : Marcel Proust

Un Proust retrouvé !

 

Eh oui, j’ai craqué pour ce jeu de mots et pour le plaisir de retrouver Marcel Proust, un auteur que j’apprécie, comme une jolie Madeleine (Clin d’œil facile j’en conviens).

 

Dans ce recueil, le lecteur découvre avec délectation des textes révélateurs de la création narrative de cet auteur torturé par son homosexualité. Des explications de texte accompagnent les écrits de Proust. Ils permettent de comprendre la signification et replacent l’utilisation de certaines données dans les textes publiés. 

 

J’avoue avoir apprécié la chaleur des descriptions de l’enclin amoureux. Le lecteur se perd dans ses rencontres poétiques et narratives.

 

Ce recueil permettra de faire découvrir cet auteur souvent qualifié de difficile. Cependant ses écrits demeurent magnifiques.


« Madame,
Il y a longtemps que je vous aime mais je ne puis ni vous le dire ni ne pas vous le dire. Pardonnez-moi. Vaguement tout ce qu’on m’a dit de votre vie intellectuelle, de l’unique distinction de votre âme m’a persuadé qu’en vous seule je rencontrerais après une vie amère la douceur, après une vie aventureuse la paix, après une vie d’incertitude et d’obscurité le chemin vers la lumière. Et vous avez été sans le savoir ma compagne spirituelle. Mais cela ne me suffit plus. C’est votre corps que je veux et ne pouvant l’avoir, dans mon désespoir et ma frénésie j’écris pour me calmer cette lettre, comme on froisse un papier quand on attend, comme on écrit un nom sur l’écorce d’un arbre, comme on crie un nom dans le vent ou sur la mer. Pour relever avec ma bouche le coin de vos lèvres,

Pour relever avec ma bouche le coin de vos lèvres, je donnerais ma vie. La pensée que ce pourrait être possible et que c’est impossible me brûlent également. Quand vous recevez des lettres de moi, vous saurez que je suis dans un moment où ce désir m’affole. Vous êtes si gentille, ayez pitié de moi, je me meurs de ne pas vous posséder.

Je sentis que le brigadier m’écoutait, et il avait levé sur nous d’exquis yeux calmes, qu’il baissa vers son journal quand je le regardai. Passionnément désireux (pourquoi ?) qu’il me regardât je mis mon monocle et affectai de regarder partout, évitant de regarder dans sa direction. L’heure avançai, il fallait partir. Je ne pouvais plus prolonger l’entretien avec mon ordonnance. Je lui dis au revoir avec une amitié tempérée tout exprès de fierté à cause du brigadier et regardant une seconde le brigadier qui rassis sur sa borne tenait levés vers nous ses exquis yeux calmes, je (le) saluai du chapeau et de la tête, en lui souriant un peu.

Il est d’un homme d’avoir banni loin de nous, cet être moins humain qu’animal, succédané bizarre de la chatte, étrange intermédiaire entre la vipère et la rose, la femme perdition de toutes nos pensées, poison de toutes nos amitiés, de toutes nos admirations, de tous nos dévouements, de tous nos cultes ; grâce à vous et à vos pareils l’amour n’est plus une maladie qui nous met en quarantaine de tous nos amis, nous empêche de causer philosophie avec eux.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Proust, #Le Mystérieux Correspondant, #Edition de Luc Fraisse

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Publié le 6 Novembre 2019

La guerre des Peluches/ Princesse Tralala et la sorcière Pas-de-BolLa guerre des Peluches/ Princesse Tralala et la sorcière Pas-de-Bol

Les préparatifs de Noël arrivent à grands pas et le casse-tête des cadeaux va débuter sa farandole dans votre esprit. Non, je ne m’y prends pas à l’avance, ce sont les enseignes qui nous incitent à faire des choix de plus en plus rapides.

 

De mon côté, j’ai découvert une édition pour enfants « Les rêves d’ily » qui m’a plongé dans le joli monde de jouets et de princesse.

 

Les Mondes  Magiques d’Okel permettent aux enfants de pénétrer dans le monde incroyable des peluches. Cet univers douillet révèle des secrets tendres. Prenez la main d’Okel et plongez dans le vortex magique !

 

Venez sauver des griffes d’un affreux extraterrestre, Frisbi, les nounours, les licornes. Le monde des jouets est en péril. Cependant, grâce au courage d’Okel et Artik, la galaxie sera sauvée.

 

Une sorcière méchante mais aussi très empotée veut changer le monde de la princesse Tralala. 

 

Les aventures d’Okel sont enchanteresses. Les couleurs et les dessins favorisent l’entrée dans cet univers merveilleux. Fatiha Messali et Johanna Crainmark travaillent main dans la main pour offrir aux enfants un nouveau cosmos imaginaire.

 

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Publié le 6 Octobre 2019

Les femmes sont occupées : Samira El Ayachi

Bienvenue dans l’absurdité de la vie de cette autrice de théâtre qui doit mener de front sa vie professionnelle, sa vie étudiante et enfin son rôle de maman solo (qu’elle n’a pas choisi mais qui lui est tombé dessus suite au glas du divorce). Divorce dont la sentence est irrévocable : Le Petit chose restera avec sa mère, le père aura l’enfant deux week-end dans le mois et quelques jours pendant les vacances. Et oui, Monsieur a un travail prenant et ne peut s’occuper continuellement d’un enfant ! Tandis que Madame a un rôle à tenir. Celui de MERE !

 

La narratrice se trouve donc face à une réalité : les femmes solos doivent savoir affronter le monde réel conçu pour les hommes ou les femmes riches. La narratrice fait une constatation implacable : La femme doit être professionnelle, mère, amante sans jamais se sentir fatiguée !

 

Bienvenue dans cette réalité. 

 

Le texte tient des propos réels sur les difficultés rencontrées par les familles monoparentale. La confrontation avec des institutions qui réduisent en cendres les rêves des mères célibataires qui cherchent des solutions plus agréables pour leur progéniture. Ces femmes doivent travailler pour subvenir aux besoins de l’enfant qui n’a quant à lui rien demander à cette situation. La culpabilisation de ne plus être dans la norme plombe d’avantage le moral de cette maman. 

 

J’émettrai un bémol quant à la diabolisation de l’Homme dans toute sa splendeur. Certes des barricades doivent être anéanties que des mentalités doivent changer mais ne faisons pas de l’homme un ennemi à abattre mais plutôt un allié pour faire évoluer les mentalités.

 

Le lendemain de son départ, tu as enfilé un jogging, des baskets. Tu t’es dirigée droit sur le mur du fond. Tu as pris une inspiration. Mis la radio sur Chérie FM. Et déchiré la tapisserie. Toute la tapisserie. Des mètres de pans de papiers mouillés au savon de Marseille et encore imbibés d’épilogues sans queue ni tête passent le long de tes doigts. Pissent sur le parquet. T’as retiré la peau vieille. Toute la journée. Toute la nuit. Trois jours durant. A t’en arracher les poumons. Tout mis dans des sacs. Les sacs aux ordures. Les ordures à la déchetterie. La déchetterie en feu

Le monde est fait pour deux catégories de personnes. Les hommes. Les femmes riches. Les autres se retirent sur la pointe des pieds en riant doucement et en s’excusant.

Tu fais le constat que Sésame ouvre de moins en moins ses portes, et d’autant moins facilement pour tes contemporaines et toi que pour vos congénères mâles. Tout. Absolument tout doit tenir dans une fenêtre de temps serrée. Carrière, vie amoureuse, maternité. La femme moderne a une petite fenêtre de temps pour réaliser le quartet gagnant. 1) Réussir sa vie professionnelle. 2) Trouver le bon mec. 3) Faire un ou deux enfants. 4) Rentrer quand même dans un 36 avec des fesses super bombées. S’épanouir, dit-on. Se réaliser. S’émanciper. Le tout en très peu de temps.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Roman, #Samira El Ayachi, #L'aube

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Publié le 15 Septembre 2019

Premier Roman : Anaïs Vanel « Tout Quitter »

Assez du poids des convenances, usée par les rôles sociaux à jouer, j’ai largué les amarres ayant pour guide Anaïs Vanel. 

 

Une vraie bouffée d’oxygène émane de ce texte puissant et salvateur. La narratrice raconte avec simplicité son retour au moi profond, s’affranchissant des codes pour mieux se retrouver. Au gré des vagues, des saisons et des aléas climatiques Anaïs acclimate son lecteur sur ses divagations. 

 

Par le biais du dépouillement des biens matériels et des liens futiles de l’existence, la narratrice revient sur son enfance, sur ses attentes de la vie et sur les désirs, les rêves qui la faisaient voyager à l’heure de l’insouciance.

 

Sortie chez Flammarion prévue le 25 septembre 2019, A vos agendas !

« Je suis allée m’inscrire à la bibliothèque. En donnant tous mes livres avant de quitter Paris, j’ai renoncé à en posséder. J’aime l’idée d’emprunter les choses. Que je les aie là dans ma vie en sachant qu’un jour je devrai les rendre. J’ai un carnet rouge dans lequel je conserve un souvenir de mes lectures. Quelques passages. Parfois juste quelques mots. La bibliothèque est petite, comme un grenier. On y vient pour chercher quelque chose. Et on se retrouve à ouvrir des dizaines de malles. On en ressort des heures plus tard. En ayant oublié ce qu’on était venu chercher. Mais émerveillé. »

« L’entre-soi est cette prison dorée dans laquelle on se mure sans s’en apercevoir. Dans laquelle on vit confortablement. Et dans laquelle on meurt ignorant. On s’y bâfre d’habitudes, rassasié de tout. L’entre-soi rend prudent. Peureux. Fou, peut-être. Je découvre avec effroi que certains surfeurs n’y échappent pas. Mais quel milieu y échappe vraiment ? En m’évadant du mien, j’ai choisi de faire abstraction de tous ceux qui existent. Pour évoluer dans les mondes entre l’entre-soi.

« Enfant, nous nous emparons du temps et nous le modelons. Adulte, nous nous soumettons à lui. Nous le laissons nous traverser et les souvenirs que l’on construit n’y résistent plus. La vie au bord de l’océan me permet de retrouver le pouvoir de modeler le temps. D’en construire des tours et puis de les détruire. De les ériger, à nouveau, plus grandes et plus solides. Et les abandonner là, à la marée. Goûter le pouvoir du temps revient à construire des châteaux de sable. Laisser aisément derrière soi l’architecture de ce qui nous a semblé une vie. Pour s’apercevoir que cinq minutes plus tard, c’était il y a bien longtemps déjà. »

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #rentrée littéraire 2019, #Anaïs Vanel, #Flammarion, #premier roman

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Publié le 14 Septembre 2019

Le Nothomb 2019

Amélie Nothomb, on aime ou on n'aime pas. L'avantage est que le livre se dévore en deux heures. 

Dans cet ouvrage s'attaquer à Jésus, le prophète ou le messie (cela dépend de l'interprétation que l'on veut donner au texte) a le pouvoir d'attiser les curiosités.

 

J'ai donc pris à cœur la lecture de cette aventure. J'avoue être restée sur ma fin ou faim ; les deux termes s'appliquent. (on reconnaîtra facilement le jeu de mots). 

L'histoire, je vous la fais brève, relate la dernière nuit de Jésus avant sa crucifixion et les jours qui lui succèdent. Je m'abstiendrais donc de vous retracer le chemin de croix et sa résurrection que les Evangiles racontent avec plus de mysticisme.

L'histoire se raconte sur un ton banal voire anodin. Jésus revient sur sa relation avec sa mère, sur l'amour trouvé dans les yeux de Madeleine... Les rapports avec son père, Dieu, se développent au gré des divagations de Jésus. Parfois humain, parfois esprit, Jésus arpente le sentier vers la mort comme un athlète de haut niveau ou un nocive grimpant la colline qui le conduit à la mort. 

 

L'idée de départ attise la curiosité cependant il manque cet élément qui pousse le lecteur à affirmer que ce livre pourrait être bon. Certes, Amélie Nothomb tente de faire réfléchir sur ses propres croyances, sur le poids de la croix que certains portent et surtout sur la foi en Dieu. Elle replace avec intelligence Jésus entant qu'homme. L'espace fait au mystique est gommé. 

 

Ce que je reproche, comme dans son avant-dernier livre, à Amélie Nothomb c'est l'excipit trop bref. Le lecteur se trouve renvoyé à ses propres réflexions. L'auteur amorce un sujet intéressant qu'elle abandonne à la cent quarantième page. Dommage, l'idée était bonne.

 

En trente-trois ans de vie, j’ai pu le constater : la plus grande réussite de mon père, c’est l’incarnation. Qu’une puissance désincarnée ait eu l’idée d’inventer le corps demeure un gigantesque coup de génie. Comment le créateur n’aurait-il pas été dépassé par cette création dont il ne comprenait pas l’impact ?
J’ai envie de dire que c’est pour cela qu’il m’a engendré, mais ce n’est pas vrai.
C’eût été un bon motif.
Les humains se plaignent, à raison, des imperfections du corps. L’explication coule de source : que vaudrait la maison dessinée par un architecte sans domicile ? On n’excelle que dans ce dont on a la pratique quotidienne. Mon père n’a jamais eu de corps. Pour un ignorant, je trouve qu’il s’en est fabuleusement bien tiré.

Si un noble esprit sort du corps, ce sera inoffensif. Sans doute peut-on trouver de l’agrément à un voyage, pour cet unique motif qu’on ne l’a pas encore fait. Semblablement, parcourir sa propre rue dans le sens inverse du quotidien est amusant. Point final. Le problème, c’est que cette expérience sera imitée par les esprits moyens. Mon père aurait dû mieux verrouiller l’incarnation. Evidemment, je comprends son souci de la liberté humaine. Mais les résultats du divorce entre les esprits faibles et leur corps seront désastreux pour eux et pour autrui.

Et quand je dis seuls, cela signifie que mon père ne le sait pas. Il n’a pas de corps et l’absolu de l’amour que Madeleine et moi vivons en ce moment s’élève du corps comme la musique jaillit de l’instrument. On apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps. L’âme y est indispensable aussi, bien sûr, mais ne peut en aucun cas y suffire.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #rentrée littéraire 2019, #Amélie Nothomb, #Soif

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