annee 2018; roman

Publié le 6 Octobre 2018

Un dialogue sourd avec un tableau, ça vous parle!

Alors bienvenue dans le monde de David Foenkinos. Surprenant cet auteur prolifique qui sonde les moindres recoins de l'âme !

 

Dans "VERS LA BEAUTE", David Foenkinos révèle de troublants secrets qui hantent l'âme d'Antoine Duris. (Rien à voir avec Romain Duris, quoique parfois il peut devenir un cousin artiste ou un frère lointain...) Pourquoi un professeur émérite de l'université de Lyon décide de tout plaquer pour devenir un simple gardien de musée (bon, on reconnaît qu'il choisit Orsay)? 

L'auteur donne la béquée à son lecteur. Il ne livre pas dès les premières pages, les troubles qui tourmentent l'esprit du protagoniste. Le lecteur flotte dans l'inconscient, le malêtre du personnage. L'auteur attise notre curiosité. Non, je ne vous dévoilerai pas ce secret ! La lecture en serait faussée.

 

La structure du roman ressemble à celle d'un roman policier où le lecteur recherche le coupable. Là, le lecteur plonge dans une enquête sur les raisons de cette fuite inexpliquée.

 

Le lecteur retrouve aussi le goût de l'art, le lien qui se lie entre une oeuvre et son destinataire. Dans ce roman, Antoine dialogue avec une peinture en particulier de Modigliani. Avec laquelle pourriez-vous communiquer? Cette question, je l'ai posé à David Foenkinos, lors de sa venue à Fribourg par le biais de l'Alliance Française. Il a répondu avec une pirouette faisant référence à toute l'oeuvre de Charlotte Salomon, car chaque moment de sa vie correspond à un dialogue sourd et intimiste. (Pour ma part, Guernica de Pablo Picasso me hante souvent et d'autres m'accompagnent ...)

 

"VERS LA BEAUTE" doit être lu avec plaisir!

En sortant de chez lui, Antoine croisa un voisin. Un homme sans âge, perdu entre quarante et soixante ans. Ce dernier le dévisagea avant de demander : "Vous êtes nouveau ici? Vous avez remplacé Thilbault?" Antoine balbutia que oui, puis annonça qu'il était pressé pour empêcher toute relance interrogative. Fallait-il qu'on nous demande sans cesse qui nous étions, ce que nous faisions, pourquoi nous vivions ici et pas ailleurs? Depuis qu'il avait fui, Antoine se rendait compte que la vie sociale ne s'arrête jamais, et qu'il devenait quasiment impossible de passer entre les gouttes humaines.

A l'évidence, il ne fallait pas poser trop de questions. Sous son air calme, elle sentait chez lui une peur tenace. Il luttait pour trouver le courage de retourner à Lyon, et semblait encore en proie au doute. Plusieurs fois, il lui avait dit qu'il n'aurait pas pu faire le trajet sans elle. Cela la rendait heureuse; elle voulait être utile à cet homme. Elle voulait le suivre dans l'ombre, et elle voulait le suivre dans la lumière. Ce n'était même plus une question de curiosité. Elle allait sûrement savoir ce qui s'était passé dans sa vie pour qu'il fuie ainsi, mais l'essentiel à ses yeux demeurait son apaisement. Le jour de leur rencontre, elle avait eu le sentiment d'être face à un homme qui glissait ; un homme qui, même assis, respirait la chute. Et ils se retrouvaient maintenant, au milieu de nulle part. Malgré la laideur inouïe du lieu il y avait tout de même de quoi être happé par la tendresse.

Mathilde avait trouvé très facilement l'adresse sur Internet. Il avait suffi de rouler un peu moins de dix minutes. Antoine observa le pavillon, en imaginant le nombre de fois où Camille avait dû entrer et sortir par cette porte. Il imaginait ses trajets, elle avait laissé des traces de sa présence partout ; des traces concrètes de ses oeuvres, mais aussi immatérielles, comme l'air qu'elle avait inspiré puis expiré par exemple.

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Publié le 1 Août 2018

Un hymne à l'espoir : La chambre des merveilles de Julien Sandrel

Thelma secoue pour la énième fois son fils pour le sortir de sa léthargie d'adolescent. Ils décident de faire quelques emplettes avant de rejoindre sa grand-mère pour le déjeuner. Malheureusement un banal accident détruit tous ses plans. Un camion vient de percuter de plein fouet Louis qui n'a pas pu contrôler son skate, suite à une dispute anodine entre sa mère et lui.

Le diagnostic vital est engagé. Thelma s'effondre incapable de discernement. Les médecins lui annoncent sa mise dans un coma artificiel dont personne ne connaîtra l'issue. Thelma découvre un carnet retraçant les rêves et les exploits à accomplir par Louis. Elle décide de réaliser ses dernières volontés et de lui raconter par le biais de vidéos, sonos confiées aux infirmières complices de cette volonté de vivre.

 

Ce roman se veut magique, embuée d'espoir mais aussi saupoudré de remise en question personnelle, de notre rapport aux autres et notre rapport à la notion d "urgence".

La première partie du roman humidifie les yeux pour les âmes sensibles, de surcroit mère ou père d'ado-skateurs. Cependant, il faut que jeunesse se passe et que la vie est une suite logique d'expériences heureuses ou malheureuses. Être enfermé dans une bulle ouatée n'a jamais aidé quiconque à progresser dans la vie. La seconde partie se décline sur un mode plus léger néanmoins enclin à la méditation et au retour des vraies valeurs. Les nôtres non celles dictées par d'autres. 


L'écriture demeure légère et poignante créant un pathos honnête sans jugement hâtif : car jusqu'où pourriez-vous aller pour sauver votre fils?


Vous pouvez aussi tenter l'expérience de vous écrire à vous-même pour  relire cette missive dans dix ans. Où en serez-vous dans l'accomplissement de votre vie?

A mettre dans la valise pour les retardataires !

Je devais donner envie à mon fils de revenir, le faire saliver en lui montrant tout ce qu'il était en train de manquer en restant dans le coma. Lui donner envie de vivre. C'était un projet fou, mais réalisable. j'en étais convaincue.
Les protagonistes ? Un sportif : Louis, Un coach : moi.
La discipline olympique ? La sortie du coma en nage libre.
La carotte, la motivation? Tout ce qui était noté dans le carnet. Ce carnet était un concentré de futur. Ce carnet était rempli d'expériences que Louis rêvait de vivre, de promesses de joie, de "trucs cool" comme il l'écrivait lui-même. Ce carnet était une promesse de vie.

Extrait du carnet des merveilles

J'ose!!!

- Toucher les seins de Mme Ernest !!
- Monter dans un taxi et hurler "suivez cette voiture !"
- Me foutre à poil dans la classe de Mme Grospiron !!!

Je me suis souvenue des belles choses. J'ai inventé les délices à venir. Je me suis élancée sans filet vers l'inconnu, j'ai ri, j'ai pleuré. Je me suis demandé quelle femme je désirais être. Ce que je voulais devenir, moi, Thelma. Quelle trace je voulais laisser sur cette planète. Je me suis écoutée. Je me suis interrogée sur ce qui pouvait me rendre heureuse. Vraiment heureuse. En oubliant tout ce qui avait guidé mes choix jusqu'ici. En oubliant ce que la société pouvait attendre de moi. En oubliant ce que les autres pouvaient attendre de moi. Je l'ai visualisé. Je l'ai écrit. Je me suis mise à nu, seule face à moi-même. Pour la première fois de toute ma vie. Cette nuit-là, j'ai rédigé mon carnet des merveilles.Sous la forme imposée par Louis : celle d'une lettre. Je me suis projetée vers un futur rêvé. Qui n'existerait sans doute jamais. Qui existerait peut-être. Cette nuit-là a été d'une intensité rare.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Année 2018; Roman, #Julien Sandrel, #Calmann Levy

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Publié le 5 Juillet 2018

ALMA : Retour en terre connue

J.M.G. Leclézio retourne sur la terre de ses ancêtres pour notre plus grand bonheur à la recherche du Dodo, l'oiseau emblématique et mystérieux découvert à l'île Maurice. Cependant Dodo est aussi Dominique un enfant défiguré durant son adolescence en quête de ses racines. Le narrateur, lui aussi, retourne sur les traces de son père (appartenant à la bonne famille Fersen) issu de la diaspora et Dominique part en France suivre les traces de son passé. Deux quêtes initiatiques qui se racontent simultanément avec une volonté de connaître la vérité sur leur racine. Les deux personnages font partie de la même famille et dialoguent dans un rythme régulier au fil des pages.

 

Le lecteur se trouve confronter réellement à trois histoires : un enfant défiguré par la maladie, un enfant en quête d'identité et le fameux dodo (disparu des îles). 

 

Dans ce roman, J.M.G. Leclézio se livre sur sa famille, ses racines mauriciennes et l'esclavagisme. De nouveau la notion de culpabilité hante cet écrivain issu d'une famille d'esclavagistes. Il lutte contre ses démons qui ont fait de lui ce qu'il est. Il ne cherche pas à se défausser d'un pan de son histoire, il veut se l'approprier pour mieux la comprendre et lutter contre ce fléau. Accepter ses racines permet de posséder son présent.

 

L'auteur bénéficie du pouvoir de transporter le lecteur vers les terres chaudes, de faire ressentir la moiteur du soleil. Chaque page transpire d'amour de ce pays. Il transcende cette contrée magnifique. Les descriptions des personnages dans les moindres détails accordent au récit une épaisseur supplémentaire.

 

Si vous avez aimé "Onitsha" vous ne serez pas déçu par ce nouveau roman du prix Nobel de littérature.

 

Heureuse d'avoir découvert ce beau pays ! A lire!

J'ai commencé par le commencement. je ne savais rien d'autre que ce que j'avais lu dans les livres. Je n'avais rien imaginé. D'abord, la pierre de gésier dans la main, comme damant, je vais marcher au milieu des cannes, vers Savinia, La Baraque, Le Chaland. Je vais mettre mes pas dans ceux de mon père. Je vais revivre le temps de son enfance, lorsqu'il s'aventure tout seul dans les cannes coupées, sous le poids du soleil, et qu'il voit cette forme blanche, pareille à un oeuf, au milieu des pailles. Bien sûr, je ne chercherai rien. On ne trouve pas deux fois une chose de cette importance.

Krystal, le nom m'a donné envie de rire. Depuis quand les filles de Mahébourg s'appellent Krystal? C'est le surnom qu'elle s'est choisi pour draguer dans les bars, un nom qu'elle a trouvé dans un magazine, ou qu'elle a pris dans une telenovela. Un nom pour un rêve de luxe, un nom pour oublier les taudis de Bambous ou de Vallée des Prêtres, les rues poussiéreuses, les terrains défoncés où les jeunes vont boire des cannettes et fumer de la gandja, les cris, les insultes, les batailles rangées et les bouteilles vidées.

Ici, il fait sombre, il fait froid. L'air est immobile. L'air est chargé de vapeur de charbon, les murs sans fenêtres sont couverts de mousse, le sol en dalles est traître, glissant, il faut marcher à petits pas, en boitant, les ongles crissent sur la pierre sans s'enfoncer, il n'y a pas de terre, pas de douceur.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit..., #Année 2018; Roman, #Leclézio, #île Maurice

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Publié le 27 Juin 2018

Roman épistolaire à couper le souffle !
Roman épistolaire à couper le souffle !

 Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates se diffuse, maintenant, au cinéma sous le titre "Le cercle littéraire de Guernesey" (Mike Newell). Etant une lectrice devant l'éternel, il est évident que je m'imprègne des écrits pour pouvoir apprécier l'interprétation cinématographique. Mon appréciation rejoindra de nombreuses autres qui pullulent sur la toile. Bon, je me lance ! 

 

 Janvier 1946 sonne comme la libération de l'écriture. Les rationnements dominent cette fin de guerre difficile mais chacun tente de revivre. Juliet, écrivain à la recherche de son prochain sujet de roman, converse de manière épistolaire avec un cercle de littérature basé à Guernesey. Par le truchement de cette correspondance, le lecteur découvre les habitants de l'île dominés par la colonisation allemande. Il plonge dans un univers lointain où des hommes apprennent à survivre dans l'adversité. L'entraide devient le maître mot.

 

 Le ton reste convivial, amical pour aborder les privations dues à l'occupation. Les lettres rebondissent sur les sujets sans en alourdir le contenu. Les expéditeurs de ces missives se livrent sans retenue. La bienséance est de mise sur cette île surannée. La plongée historique donne une puissance à toutes ses correspondances.

 Le compromis entre l'Histoire et les anecdotes quotidiennes demeure le point névralgique du roman .

 

 A lire Absolument!

 

 Concernant le film que j'ai bien entendu été visionner, le réalisateur reste fidèle au livre malgré la difficulté de raconter un roman épistolaire. Juliet se rend à Guernesey dans la dernière partie du livre tandis que pour des raisons logiques elle découvre Guernesey lors de la réception de la deuxième lettre de Dawsey. Les évènements dus à l'Occupation allemande demeurent similaires aux éléments transcrits dans chaque missive. Pour l'héroïne principale, il me manquait de l'épaisseur, lui ayant attribuée un caractère plus affirmé. Pour les adeptes de la série de "Downton Abbey", vous retrouverez des personnages à la hauteur de la distribution. Les paysages de Guernesey demeurent à couper le souffle. La VO donne encore plus de crédit à ces histoires insulaires.

 

 Dans les deux cas à voir ou à lire!

 

 

Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey ? Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas.

(...) Elizabeth était le centre de leur cercle, et la nouvelle de sa mort nous a tous secoués. j'imagine qu'en lisant cette dernière phrase tu te demandes pourquoi la mort de cette femme devrait avoir une incidence sur ma vie et sur tes projets pour le week-end. Parce que j'ai l'impression d'avoir perdu une personne qui m'est très chère. Je suis en deuil. C'est ainsi.
Tu comprends un peu mieux, à présent?

Cela paraît-il inconvenant de se marier si vite? C'est juste que je ne peux pas attendre , je veux commencer de suite. Toute ma vie, j'ai cru que l'histoire se terminait quand le héros et l'héroïne annonçaient leur mariage. Et, après tout, ce qui est bien pour Jane Austen devrait suffire à tout le monde. Mais c'est faux. L'histoire est sur le point de commencer, et chaque jour sera un nouvel élément de l'intrigue. Peut-être mon prochain livre traitera-t-il d'un couple marié fascinant et de tout e qu'ils apprennent l'un de l'autre, au fil des années? N'es-tu pas impressionné par les vertus de mes fiançailles sur ma plume?

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit..., #Année 2018; Roman

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Publié le 25 Mai 2018

On cherche toujours l'idée de cadeau qui fera plaisir à sa "maman". Cette femme, charmante, souriante, qui mérite tous les égards. Elle a son jour qui varie d'un pays à l'autre. Cependant, de mon point de vue, les mamans méritent d'être gâtée selon nos envies.

Et comme vous me connaissez bien, je vous glisse quelques suggestions "livresques":

 

Madame Pylinska et le secret Chopin : Eric-Emmanuel Schmitt

Madame Pylinska et le secret Chopin : Eric-Emmanuel Schmitt

Le complot contre l'Amérique : Philip Roth

Le complot contre l'Amérique : Philip Roth

Au petit bonheur la chance ! : Aurélie Valognes

Au petit bonheur la chance ! : Aurélie Valognes

Je t'aime : Barbara Abel

Je t'aime : Barbara Abel

Niki de Saint Phalle : Bernadette Costa-Prades

Niki de Saint Phalle : Bernadette Costa-Prades

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #album, #Roth, #schmitt,, #Valognes, #Année 2018; Roman

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Publié le 10 Mai 2018

J'ai perdu Albert : Didier Van Cauwelaert

Et si Einstein libéré de son enveloppe charnelle, réalisait ses rêves. Oui, mais au dépendant de qui? Les êtres encore en vie, survivront-ils aux directives peu orthodoxes de ce scientifique à la crinière un peu folle ? Être habité par un autre esprit peut-il avoir ses avantages ? Pour une voyante ou une femme qui dialogue avec les esprits sûrement mais un serveur de café sauveur d'abeilles la question reste en suspens ou encore une étudiante en sciences. 

 

Didier Van Cauwelaert tente de résoudre l'énigme. De nouveau l'auteur emmène son lecteur dans une dimension naviguant entre réalité et paranormal. Un homme, une femme et un esprit pour le moins incongru se livrent à un triangle amoureux amusant. L'histoire en devient loufoque dans des situations burlesques où l'esprit facétieux d'Einstein joue les troubles faits.

 

Dans notre époque actuelle croire aux esprits devient à avouer une part de folie. Didier Van Cauwelaert joue avec la dualité persistante entre la notoriété et l'hypocrisie ballottant tous les siècles. Albert revient pour faire la lumière sur ses essais scientifiques, sur la création de la célèbre formule E=mc2 et pourquoi ne pas devenir un entremetteur amoureux.

 

A vous de découvrir un personnage obséquieux et parasitaire qui hante les esprits !

Ce roman est idéal à transporter dans sa valise cet été.

 

Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien.

- Il me dit d'aller vivre à Bruxelles. attaque-t-elle en s'asseyant sur la glacière de leur pique-nique, enroulée dans une serviette éponge. Pourquoi?

Avec diplomatie, l'infirme interrompt la mastication de son sandwich pour suggérer qu'Albert veut sans doute qu'elle suive ses traces. Et d'argumenter avec une compassion ferme :
- Quand il est venu en France, les universitaires l'on très mal reçu...Aussi butés que sa prof. En fait, c'est à Bruxelles que tout a commencé pour lui. Au congrès Solvay, en 1911, tous les plus grands physiciens du monde ont découvert que ce petit employé minable était un génie absolu...

Je croyais connaître la solitude, j'ai découvert l'abandon. J'ai marché au bord du lac, espérant sans y croire que Zac, redevenu lui-même, jaillirait du restaurant pour s'excuser de ce qu'il avait pu dire à son insu, et me prendrait dans ses bras pour arrêter mes larmes.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Année 2018; Roman, #Albert Einstein, Bruxelles

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Publié le 22 Avril 2018

Madame Pylinska et le secret de Chopin : Eric-Emmanuel Schmitt

Je ne regarderai plus les mésanges et autres oiseaux de quelque qu' autre manière. Je prendrai le temps de contempler les feuilles et leurs ramifications. J'arrêterai d'entendre la musique et j'apprécierai le ruban qui se délira devant moi.

 

Récalcitrant à la musique classique, vous apprécierez ce cours sur l'oeuvre de Chopin. Eric-Emmanuel Schmitt, à travers des cours de piano insolite, découvre le monde de la création et ce don de soi puissant et unilatéral. Par ce biais, l'écrivain se livre, nous livre son processus de création. Dans cette quête de compréhension de l'oeuvre magistrale de Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt délie les secrets de son enfance sur un ton poétique, parfois onirique qui ne laisse pas le lecteur insatisfait.

 

Depuis la lecture d' "Oscar et la dame rose", j'avoue me livrer à la lecture de ses romans, pièces... Douteriez-vous de mon objectivité? Lisez "Madame Pylinska et le secret de Chopin" et osez remettre en exergue mon jugement. 

La personnification du piano, dans les premiers chapitres, est juste magnifique !

 

Texte poétique, musical et terriblement romanesque!

Sitôt que j'entrais au salon, le contournant avec suspicion, je lui lançais un regard intimidateur pour qu'il demeurât à sa place et comprît que l'amitié ne nous unirait jamais ; lui feignait de ne pas me remarquer. Nous nous évitions avec un tel acharnement que notre défi empesait l'atmosphère. Le long des soirées, il écoutait nos conversations sans commenter, ce qui n'horripilait que moi, tant mes parents avaient l'habitude de sa présence obtuse.

- Liszt stupéfie. Chopin enchante. Sa virtuosité, sitôt qu'elle apparaît, s'excuse presque de sa présence et s'interrompt. Chez Liszt, la persistance dans la virtuosité constitue le spectacle ; de moyen, elle s'érige en fin : il tient à nous couper le souffle, ses oeuvres guettent les hourras, alors que Chopin explore les pouvoirs du piano, s'émerveille des sonorités qu'il y déniche, les expérimente. Liszt terrasse l'auditoire pendant que Chopin s'interroge. Liszt est un étonnant, Chopin un étonné.

J'écris en cajolant les fleurs des champs sans déranger les gouttes de rosée. J'écris en produisant des ronds dans l'eau pour guetter l'élargissement des ondes et leur évanouissement. J'écris comme l'arbre sous le vent, le tronc de l'intelligence solide et les feuillages de la sensibilité mouvants. j'écris avec le bien-être et la détente d'après l'amour, en regardant mes personnages au fond des yeux. Et je tente de vivre ainsi, dégustant chaque seconde, goûtant la mélodie des jours, me repaissant de toute note.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit..., #Année 2018; Roman

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Publié le 19 Mars 2018

La punition : Tahar Ben Jelloun

  Des enlèvements, des enrôlements de force dans l'armée marocaine sous le régime d'Hassan II, ont eu raison de la ferveur de ces quatre-vingt-quatorze étudiants brimés pour une révolution pacifiste. 

  Ces intellectuels vont subir les pires abominations perpétrées contre la race humaine. Les tortures morales et physiques défieront l'insoutenable. Pour une contestation du régime, des dirigeants tyranniques et vindicatifs feront endurer les pires sévices à ces hommes qu'ils ne considéraient pas comme tels. 

 

  Tahar Ben Jelloun revient sur ce passé douloureux qui hante encore ses nuits. L'insomnie est devenue sa compagne de vie. Il aura fallu cinquante ans à cet homme lettré pour admettre et raconter cet affront, sa plus violente blessure marquée au fer rouge. 

 

  Tahar Ben Jelloun raconte au présent ce calvaire dont il ignore s'il en sortira vivant. La mort, l'humiliation, l'irascibilité et les brimades sont le lot quotidien de ce camp militaire qui n'est autre qu'un camp de redressement. Les jeunes ne doivent pas s'insurger contre le roi et sa politique. 

 

  Tahar Ben Jelloun décide de braver les interdits qui le rongent. Ce roman criant de vérité encense le mot "Liberté". Il appuie sur cette notion fragile dont tous les peuples ont besoin pour exister. L'homme libre crée, découvre le monde et ose livrer les pires secrets qui lui ont permis de se forger ce caractère. Tahar Ben Jelloun aime la vie car les militaires auraient pu lui enlever. De cette incarcération, il ne sort pas indemne et son peuple non plus. Cependant, il donne peut-être des pistes à suivre pour ceux qui ont disparu pendant cette période trouble et qui ne sont jamais revenus.

 

  Ce livre est franc, tragique, poignant de vérité. Il révèle un pan de l'histoire marocaine qui ne figure pas dans les livres d'histoire ou sous forme d'anecdote (un élément anodin : des étudiants qui entrent dans l'armée pour servir leur pays). Mais sous couvert de ce service militaire, les tyrans réduisent au silence le bruit de la liberté.

"Balkoum! (Garde-à-vous). Vous êtes là pour apprendre à aimer et à considérer votre patrie. Vous êtes là pour mériter d'être sous ce drapeau magnifique. Vous êtes là pour apprendre et pour oublier. Apprendre à obéir, à servir, apprendre la discipline et l'honneur. Oublier les têtes chaudes, les idées pernicieuses, la lâcheté et la fainéantise. En arrivant ici, vous êtes des femmelettes, en repartant, si toutefois un jour vous repartez, vous serez des hommes, des vrais, pas ces espèces d'enfants gâtés nourris au lait en poudre importé et au yaourt. Ici vous n'existez pas, vous êtes un numéro matricule. J'ai tous les droit sur vous et vous n'en avez aucun. C'est comme ça, celui qui n'est pas content n'a qu'à avancer. Je m'appelle commandant Ababou. Je suis le chef de ce camp. Tout passe par moi. L'adjudant-chef Aqqa ici présent est mon second. Il est moi quand je ne suis pas là. Je ne vous conseille pas de le contrarier et encore moins de lui désobéir. Il ne connaît que la force, les coups, la violence qui réduirait n'importe qui à l'état animal. Compris? Rompez!"

Nous sommes sûrement tenus pour morts ou disparus. Si cela continue encore à ce régime, j'ai prévu de mourir. C'est la première fois que l'idée du suicide me traverse l'esprit. J'ai repensé à ce poète français qui disait vivre "la mort en bandoulière". Une idée pour ne pas tourner en rond : envisager le droit de se supprimer avant que l'humiliation ne devienne insupportable. Je me dis que l'islam interdit qu'on attente à sa vie. Toutes les religions condamnent le suicide. Un défi au Créateur. Une provocation contre Dieu. Mon sentiment religieux est très mince. Personne ne parle de l'islam. D'ailleurs, il n'y a pas de mosquée dans le camp. Normal : nous sommes considérés comme des mécréants. Nous ne sommes pas de bons citoyens. Oser contester c'est comme oser être athée ou agnostique.

Pour avoir manifesté calmement, pacifiquement, pour un peu de démocratie, j'ai été puni. Pendant des mois, je n'ai plus été qu'un matricule, le matricule 10366. Un jour, alors que je ne m'y attendais plus, j'ai retrouvé la liberté. J'ai pu enfin, comme je le rêvais, aimer, voyager, écrire et publier de nombreux livres. Mais pour écrire La punition, pour oser revenir à cette histoire, en trouver les mots, il m'aura fallu près de cinquante ans.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Année 2018; Roman

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Publié le 22 Février 2018

Dos au mur : Nicolas Rey

  Au royaume du mensonge, les écrivains sont légion. Cependant qui croire : l'écrivain ou le narrateur écrivain qui plagie vingt pages pour enfin achever son livre? Le doute s'installe.

 

  Nicolas Rey s'attaque à cet exercice de style avec hauteur et clairvoyance. Il décide de se mettre en scène pour donner encore plus d'épaisseur à son personnage poignant de sincérité. Mais quelle sincérité ou quelle vérité, celle du menteur invétéré ou bien la vôtre (mais n'est-elle pas assombrie par un voile de mensonge)? Tout le jeu de l'écrivain tient dans cette infime frontière qui sépare la vérité du mensonge.

 

  Le plagiat, mot sordide, qui obscurcit très rapidement une oeuvre littéraire et la notoriété d'un écrivain. La méfiance s'insinue dans tous les esprits sur l'authenticité des autres écrits qui ont propulsé l'auteur aux nues. Vingt lignes peuvent détruire un homme, en une nuit.

  Les chapitres courts donnent un rythme soutenu au roman car il s'agit bien là d'un roman. Nonobstant, une question demeure en suspens : un roman, possède-t-il toujours une part de vérité mais quand le roman repose sur un mensonge?

 

  L'écriture est vive, rapide et incisive comme un écueil à la vie.

 

  Bravo pour la performance, cette manière de se confronter à la vérité me plaît franchement. Cette honnêteté fraîche et nouvelle valide que l'homme vit dans une dualité constante où toute vérité n'est pas bonne à dire et que le mensonge peut avoir des effets bénéfiques.

 

La vie de plagiaire doit ressembler à la vie d'un petit braqueur de banque. Ensuite, pendant toute ton existence, il faut que tu regardes derrière ton dos si la police ne débarque pas. Plus jamais, tu ne pourras dormir d'un sommeil tranquille. Tue seras toujours flippé à l'idée qu'on te démasque? Pardon les amis, mais il me restait une nuit pour trouver vingt pages? Et puis, il y a eu ce coup de fil. Et puis, tout m'a paru simple d'un seul coup.

J'écris ce livre en étant totalement clean. Et vous n'imaginez pas à quel point c'est chiant et laborieux d'écrire lorsqu'on est totalement clean. On met un temps monstrueux à écrire une seule ligne qui ne soit pas trop mauvaise. Je me réveille vers quinze heures . Je bois un café. Je regarde de façon désagréable mon ordinateur. Je tente de penser à ma page du soir, mais rien n'arrive. Aux alentours de Vingt-deux heures, j'allume mon ordinateur. Chapitre 24. La page est vierge. La fameuse page blanche. Je reste de longues minutes à la regarder fixement. J'ai mes cigarettes, mon cendrier et mon verre de Coca light.

Le mensonge, mesdames et messieurs les jurés, est un don que nous a donné le ciel pour déposer un peu de baume sur les plaies de la vérité. Il faut regarder la réalité avec des lunettes de soleil. Sinon, on devient aveugle. Et ces lunettes de soleil s'appellent l'illusion.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Année 2018; Roman

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