Le Mystérieux correspondant et autre nouvelles inédites : Marcel Proust

Publié le 13 Novembre 2019

Le Mystérieux correspondant et autre nouvelles inédites : Marcel Proust

Un Proust retrouvé !

 

Eh oui, j’ai craqué pour ce jeu de mots et pour le plaisir de retrouver Marcel Proust, un auteur que j’apprécie, comme une jolie Madeleine (Clin d’œil facile j’en conviens).

 

Dans ce recueil, le lecteur découvre avec délectation des textes révélateurs de la création narrative de cet auteur torturé par son homosexualité. Des explications de texte accompagnent les écrits de Proust. Ils permettent de comprendre la signification et replacent l’utilisation de certaines données dans les textes publiés. 

 

J’avoue avoir apprécié la chaleur des descriptions de l’enclin amoureux. Le lecteur se perd dans ses rencontres poétiques et narratives.

 

Ce recueil permettra de faire découvrir cet auteur souvent qualifié de difficile. Cependant ses écrits demeurent magnifiques.


« Madame,
Il y a longtemps que je vous aime mais je ne puis ni vous le dire ni ne pas vous le dire. Pardonnez-moi. Vaguement tout ce qu’on m’a dit de votre vie intellectuelle, de l’unique distinction de votre âme m’a persuadé qu’en vous seule je rencontrerais après une vie amère la douceur, après une vie aventureuse la paix, après une vie d’incertitude et d’obscurité le chemin vers la lumière. Et vous avez été sans le savoir ma compagne spirituelle. Mais cela ne me suffit plus. C’est votre corps que je veux et ne pouvant l’avoir, dans mon désespoir et ma frénésie j’écris pour me calmer cette lettre, comme on froisse un papier quand on attend, comme on écrit un nom sur l’écorce d’un arbre, comme on crie un nom dans le vent ou sur la mer. Pour relever avec ma bouche le coin de vos lèvres,

Pour relever avec ma bouche le coin de vos lèvres, je donnerais ma vie. La pensée que ce pourrait être possible et que c’est impossible me brûlent également. Quand vous recevez des lettres de moi, vous saurez que je suis dans un moment où ce désir m’affole. Vous êtes si gentille, ayez pitié de moi, je me meurs de ne pas vous posséder.

Je sentis que le brigadier m’écoutait, et il avait levé sur nous d’exquis yeux calmes, qu’il baissa vers son journal quand je le regardai. Passionnément désireux (pourquoi ?) qu’il me regardât je mis mon monocle et affectai de regarder partout, évitant de regarder dans sa direction. L’heure avançai, il fallait partir. Je ne pouvais plus prolonger l’entretien avec mon ordonnance. Je lui dis au revoir avec une amitié tempérée tout exprès de fierté à cause du brigadier et regardant une seconde le brigadier qui rassis sur sa borne tenait levés vers nous ses exquis yeux calmes, je (le) saluai du chapeau et de la tête, en lui souriant un peu.

Il est d’un homme d’avoir banni loin de nous, cet être moins humain qu’animal, succédané bizarre de la chatte, étrange intermédiaire entre la vipère et la rose, la femme perdition de toutes nos pensées, poison de toutes nos amitiés, de toutes nos admirations, de tous nos dévouements, de tous nos cultes ; grâce à vous et à vos pareils l’amour n’est plus une maladie qui nous met en quarantaine de tous nos amis, nous empêche de causer philosophie avec eux.

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #Proust, #Le Mystérieux Correspondant, #Edition de Luc Fraisse

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article