amelie nothomb

Publié le 14 Septembre 2019

Le Nothomb 2019

Amélie Nothomb, on aime ou on n'aime pas. L'avantage est que le livre se dévore en deux heures. 

Dans cet ouvrage s'attaquer à Jésus, le prophète ou le messie (cela dépend de l'interprétation que l'on veut donner au texte) a le pouvoir d'attiser les curiosités.

 

J'ai donc pris à cœur la lecture de cette aventure. J'avoue être restée sur ma fin ou faim ; les deux termes s'appliquent. (on reconnaîtra facilement le jeu de mots). 

L'histoire, je vous la fais brève, relate la dernière nuit de Jésus avant sa crucifixion et les jours qui lui succèdent. Je m'abstiendrais donc de vous retracer le chemin de croix et sa résurrection que les Evangiles racontent avec plus de mysticisme.

L'histoire se raconte sur un ton banal voire anodin. Jésus revient sur sa relation avec sa mère, sur l'amour trouvé dans les yeux de Madeleine... Les rapports avec son père, Dieu, se développent au gré des divagations de Jésus. Parfois humain, parfois esprit, Jésus arpente le sentier vers la mort comme un athlète de haut niveau ou un nocive grimpant la colline qui le conduit à la mort. 

 

L'idée de départ attise la curiosité cependant il manque cet élément qui pousse le lecteur à affirmer que ce livre pourrait être bon. Certes, Amélie Nothomb tente de faire réfléchir sur ses propres croyances, sur le poids de la croix que certains portent et surtout sur la foi en Dieu. Elle replace avec intelligence Jésus entant qu'homme. L'espace fait au mystique est gommé. 

 

Ce que je reproche, comme dans son avant-dernier livre, à Amélie Nothomb c'est l'excipit trop bref. Le lecteur se trouve renvoyé à ses propres réflexions. L'auteur amorce un sujet intéressant qu'elle abandonne à la cent quarantième page. Dommage, l'idée était bonne.

 

En trente-trois ans de vie, j’ai pu le constater : la plus grande réussite de mon père, c’est l’incarnation. Qu’une puissance désincarnée ait eu l’idée d’inventer le corps demeure un gigantesque coup de génie. Comment le créateur n’aurait-il pas été dépassé par cette création dont il ne comprenait pas l’impact ?
J’ai envie de dire que c’est pour cela qu’il m’a engendré, mais ce n’est pas vrai.
C’eût été un bon motif.
Les humains se plaignent, à raison, des imperfections du corps. L’explication coule de source : que vaudrait la maison dessinée par un architecte sans domicile ? On n’excelle que dans ce dont on a la pratique quotidienne. Mon père n’a jamais eu de corps. Pour un ignorant, je trouve qu’il s’en est fabuleusement bien tiré.

Si un noble esprit sort du corps, ce sera inoffensif. Sans doute peut-on trouver de l’agrément à un voyage, pour cet unique motif qu’on ne l’a pas encore fait. Semblablement, parcourir sa propre rue dans le sens inverse du quotidien est amusant. Point final. Le problème, c’est que cette expérience sera imitée par les esprits moyens. Mon père aurait dû mieux verrouiller l’incarnation. Evidemment, je comprends son souci de la liberté humaine. Mais les résultats du divorce entre les esprits faibles et leur corps seront désastreux pour eux et pour autrui.

Et quand je dis seuls, cela signifie que mon père ne le sait pas. Il n’a pas de corps et l’absolu de l’amour que Madeleine et moi vivons en ce moment s’élève du corps comme la musique jaillit de l’instrument. On apprend des vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui nécessitent un corps. L’âme y est indispensable aussi, bien sûr, mais ne peut en aucun cas y suffire.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2019, #rentrée littéraire 2019, #Amélie Nothomb, #Soif

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