claudel philippe

Publié le 11 Mars 2019

Qu'auriez-vous fait dans ce cas?

Philippe Claudel, à travers son dernier roman - L'archipel du chien-,  questionne son lecteur sur une situation particulière. Trois corps de migrants sont retrouvés morts échoués sur une plage d'une île. Plusieurs notables et plusieurs habitants se trouvent confronter à ce drame. Comment agir pour le bien-être de la communauté? Chacun se conforte dans ses idées et ses inquiétudes. Ils décident de se débarrasser des corps dans le Brau le volcan de l'île. Cependant, cette décision ne fait pas que des émules. 

 

A travers ce drame, L'auteur interroge ses lecteurs sur leur propre réaction. Il ne donne pas de réponse, il pousse ses lecteurs dans leur dernier retranchement. Pour poser les jalons de cette histoire, il confronte les pensées d'un Curé (qui a perdu la foi), les désirs de bénéfice d'un Maire, une vieille institutrice qui se retranche derrière le silence, le nouvel instituteur (un étranger) qui s'oppose à cette décision (pourtant unanime), un pêcheur à la botte du maire qui ne veut rien savoir et Amérique qui ne se préoccupe ni des morts ni des vivants. Un étrange dialogue, basé sur un silence lourd, s'installe.

 

Philippe Claudel aborde l'abandon de la religion, la prise de conscience de ses actes et leurs répercutions, le fait que le monde entier est surveillé (internet, satellites) mais aussi la notion de migrant qui dénature les hommes qui ont perdu leur identité. 

 

Ce livre est juste vrai dans tous les sujets abordés. A lire absolument ! Ce livre me rappelle la chanson de Jean-Jacques Goldman "né en 14 à leidenstadt".

Sur l'île, on enterre les morts debout. La terre est rare. Elle est le bien le plus précieux. Les hommes ont compris très tôt qu'elle devait appartenir aux vivants, qu'elle était là pour les nourrir, et que les morts devaient y prendre le moins de place possible. Qu'elle ne leur servait plus à rien.

Alors enfin la bâche bleue bascula dans le trou, accompagnée d'une aspiration soyeuse et des abeilles qui se précipitèrent à sa suite, abandonnant le Curé et les autres à leur solitude. Chacun s'aplatit brutalement sur le bord de la lèvre sombre, côte à côte, essoufflé, et scruta les ténèbres. On tendit l'oreille. On n'entendit rien. On aurait pu croire que les trois cadavres chutaient à l'infini, sans jamais s'écraser contre un replat, une corniche ni même au fond du gouffre. On aurait pu croire aussi qu'ils n'avaient jamais existé. Qu'on avait rêvé dans le creux inconfortable d'une mauvaise nuit, après avoir bu trop de vin ou mangé trop de viande en sauce, des images fantasques et macabres. On aurait pu croire quantité de choses qui auraient permis de mieux vivre après.

La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont
horrifiés et ils frissonnent.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Roman, #Claudel Philippe, #auteur lorrain, #Stock, #migrants, #île

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