buenos-aires

Publié le 16 Avril 2020

Le Ghetto intérieur : Santiago H. Amigorena

Le poids de la culpabilité ne disparaît jamais même à des milliers de kilomètres des atrocités perpétrées durant la Seconde Guerre mondiale. La Shoah, l'holocauste, quel que soit le nom qu'on lui attribue a décimé des milliers de Juifs au nom d'un idéal monstrueux. Cette abomination a laissé des traces sur des corps et des esprits dans le monde entier.

 

A Buenos-Aires, Vicente Rosenberg s'enferme d'un silence profond et terrifiant. Il fait partie des Juifs qui ont quitté la Pologne en 1928. Il mène une vie paisible, se construit une famille, s'entoure  d'amis fidèles. Il reçoit parfois des lettres de sa mère auxquelles il met un temps certain à répondre. Elle le lui reproche comme toutes les mères mais laisse filer le temps. Vicente lui a proposé de le rejoindre sans trop insister comme une bouteille jetée à la mer sans propre destination.

C'est une lettre plus étrange que les autres qui va effondrer le château de cartes que s'était construit Vicente. La guerre touche Varsovie, les Juifs sont parqués dans des ghettos, puis les rafales, puis le train, puis...

Vicente, survivant malgré lui, suit la guerre de loin, respire difficilement, suffoque en attendant des lettres de sa mère (qui l'agaçait tant avant le drame). Il étouffe de ne pas comprendre, de ne pas avoir pu les sauver, sa mère, son frère et l'épouse de celui-ci. Aurait-il dû insister ? Aurait-il dû aller les chercher? Aurait-il dû rester? Des milliers de questions qui resteront sans réponse ! Une destinée demeure une destinée !

A lire le poids d'une culpabilité !

- C'est ce qu'on fait depuis la nuit des temps, non? On aime nos parents, puis on les trouve chiants, puis on part ailleurs...C'est peut-être ça être juif...
- Oui...ou être humain.

...Mais Vicente n'arrivait plus à penser à rien d'autre qu'à sa mère. Des détails de son visage, de ses mains, l'intonation de sa voix, et certains de ses gestes, comme la façon dont elle se coiffait, lui étaient brusquement revenus en mémoire...

Onze millions de personnes. Onze millions de personnes assassiner. Peut-on penser l'impensable? Peut-on comprendre l'incompréhensible? Peut-on imaginer ce que personne n'a jamais vu, ce que personne n'a encore jamais cru que l'homme serait capable de faire? Il y a des évènements, de temps en temps, qui renouvellent ce que nous sommes capables d'imaginer, qui amplifient le domaine du possible jusqu'à des limites que personne auparavant n'avait supposé qu'on pourrait atteindre.

Voir les commentaires

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #roman, #shoah, #Varsovie, #Buenos-Aires, #Santiago H. Amigorena

Repost0