bretagne

Publié le 1 Avril 2020

Chanson bretonne/L'enfant et la guerre : Jean Marie Gustave Le Clézio

J'avais envie de fredonner avec cet auteur prolifique une chanson bretonne; texte poétique qui permet à Jean Marie Gustave Le Clézio d'aborder ses origines bretonnes.

 

L'auteur fait un retour nostalgique à l'enfance dépeignant les frasques de sa jeunesse. Ce moment de bien-être alors que la guerre gronde aux portes de la ville. La promenade se veut bucolique, enchanteresse. Avec ce narrateur, le lecteur ressent dans sa propre chair, l'eau qui glisse lors des parties de pêche, l'insouciance des courses effrénées dans les blés hauts. Le lecteur ressent la chaleur du soleil sur sa peau, le goût du sel sur ses lèvres. Il respire la moisson qui s'achève. 

En opposition à sa douce lenteur, la guerre sonne la fin de l'insouciance. L'enfant se confronte à la guerre, au bruit sourd des bombardements, à l'absence de nourriture et surtout à l'absence du père. Le narrateur et son frère vivent entourés de femmes qui les protègent d'un monde inhumain. 

 

Avec une sémantique incroyable, Jean Marie Gustave Le Clézio dépeint avec beauté et retenue un monde qui lui échappe. Il recherche le vide qu'à susciter cette guerre atroce. Par le truchement d'une opposition de la vision d'un enfant face à la réalité des adultes. 

 

Texte magnifique et humain sur l'enfance et l'absence !

Nous ne jouions pas ensemble, nous ne nous parlions pas vraiment. C'était comme si elles avaient grandi dans un autre monde, où les enfants ne rient pas, ne s'amusent pas, mais apprennent très tôt à travailler dans les champs et à la maison. Leurs mains étaient déjà calleuses d'avoir bêché et lavé du linge. Nous aurions pu apprendre le breton à leur contact, comme avec les gosses de la cale, mais sans doute leur avait-on interdit de nous parler dans cette langue, et qu'au contraire on leur avait enjoint d'améliorer leur français et d'apprendre les bonnes manières.

Ces nuits d'été, si calmes, au ciel rempli d'étoiles. Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Il me semble que tous mes nerfs sont des cordes vibrantes. Alors je me lève, je passe par la fenêtre du rez-de-chaussée, sans faire de bruit pour ne pas réveiller ma grand-mère qui campe dans la salle à manger. Dehors la lune peint en blanc le chemin qui va vers les dunes. Le vent souffle par rafales, et par-dessus le froissement des aiguilles de pin je perçois une rumeur légère, lointaine, continue comme un bruit de moteur, mais un bruit vivant, régulier, une respiration qui se mêle à mon souffle et aux coups de mon coeur dans les artères de mon cou.
Je n'ai pas peur. Je crois que je n'ai pas peur. (...)

(...) Sans doute parce que je venais d'ailleurs, que je n'étais jamais chez moi nulle part, ballotté, baladé entre la Maurice de mon père, la Bretagne de mes ancêtres et la Nice de mon enfance- il y avait donc une étrangeté au monde, cette déroute, cet exil, et les piliers de pierre dressés vers le ciel, les allées couvertes pareilles à des écailles de dragon, les vaisseaux couchés dans les ajoncs me disaient qu'il y avait un autre monde avant le mien, que j'étais juste de passage...

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2020, #Le Clézio, #Roman, #Bretagne, #Nice

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