aub max

Publié le 17 Mars 2019

Un auteur espagnol méconnu : Max Aub

Ne cherchez pas de morale, vous en trouverez aucune. Ne martelez pas votre désir de connaître la vérité, parfois devant les faits avérés vous risqueriez de perdre la foi en l'Homme. Ne jugez pas trop hâtivement les agissements et leurs conséquences, vous pourriez être acculé au pied du mur et réaliser les mêmes exactions.

 

Max Aub, à travers "Crimes exemplaires", fixe les déclencheurs de la mort instantanée. Il écarte volontairement les fous, incapables de discernement. Il prend comme éléments d'enquête des êtres "normaux" qui pour une raison lambda craque et tue un passant, sa femme, celle du voisin, un serveur pour sa lenteur, pour un fait somme toute anodin qui pousse à l'irrémédiable (une cigarette sur un costume, un plan mal compris, un élève récalcitrant...). En bref, personne n'est à l'abri d'un compas, d'une roue de camion ou d'une lame de rasoir...

 

Ce recueil est juste diabolique dans sa simplicité. Il ne porte aucun jugement. Cependant l'auteur renvoie l'homme à sa dualité. Il ne naît ni bon ni mauvais, il le devient ou pas. Les circonstances font ce que nous sommes et personne ne peut échapper à un moment de folie pure.

 

Je le conseille à des lecteurs peu sensibles et qui peuvent ôter pour un bref instant leur sens critique et moralisateur.

L'homme de notre temps ne respecte que les désastres. L'ultime grand mythe tombe lui aussi, non de vieillesse mais de puissance. La grandeur humaine ne se mesure plus qu'à ce qu'elle fut. Nous n'allons nulle part. Le grand idéal n'est plus que de médiocrité : vaincre ses pulsions. A cause de cette prétendue dignité à se castrer sont morts bien des meilleurs. Dans leur sous-monde, ces humbles criminels s'expliquent de cela sans même s'en rendre compte, mais je ne pense pas qu'ils inspirent la pitié.
Ainsi sont-ils aussi médiocres que nous-mêmes, nous qui n'osons pas crier dans l'immense procès de notre temps. Nous qui acceptons délibérément ce que l'on nous impose et qui sommes tous d'accord pour ne pas être d'accord. Comment attraper la fortune avec une seule main ? Bien entendu, j'use d'un ton absurde pour donner ces exemples. Je manque de souffle pour le faire absolument sans cérémonie, car la rhétorique a ceci de bon : béquilles et chevilles. Qui peut encore avoir des ailes aujourd'hui? Et jusqu'aux plus habiles qui sont dans l'épouvante, eux qui pourtant refusent de briller. Et que sont-ils devenus? Jamais nous ne fûmes aussi proches de cette terre qui nous engloutira sans laisser de nous la moindre trace. Ne rejetons la faute sur personne, car bien souvent se perdit la semence pour cause de mauvais temps. Le sel de la sagesse ne porte pas au rire, il ne sied pas non plus aux sages, qui non contents de s'être laissé manger par leurs enfants se mordent encore la queue. Qu'avons-nous cultivé? Avons-nous travaillé? Seul nous reste le jeu qui dépend du hasard. Certains, qui sont heureux, ne se fatiguent jamais de jouer. Moi, si. Et ceux-là qui ici se confessent : le myope et le malvoyant ont aussi des cannes d'aveugles.

Je ne pouvais pas dormir : s'il ronflait, à cause du bruit, et en l'attendant, s'il ne ronflait pas. Quand je donnais des coups sur la cloison il se taisait un moment...mais recommençait ensuite. Vous n'avait pas idée de ce que c'est que d'être une sentinelle du bruit. Une cataracte, un formidable volume d'air, un fauve pris au piège, le râle de cent moribonds, me déchiraient les entrailles, empoisonnaient mes oreilles et je ne pouvais jamais dormir, jamais. Et je ne pouvais même pas changer de maison. Où aurais-je été, où payer aussi peu? Le coup qu'il a pris, c'est avec la carabine de mon neveu.

- Comment peut-on m'accuser de l'avoir tué alors que j'avais oublié que mon pistolet était chargé?
Tout le monde sait que je n'ai pas de mémoire. Alors maintenant on va dire que c'est ma faute? ça, c'est un comble !

Je l'ai empoisonné parce que je voulais occuper son siège à l'Académie. Je ne pensais pas qu'on le découvrirait. Mais il y a eu ce romancier de merde et qui de surcroît est commissaire de police !

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Roman Espagne, #Aub Max, #libretto

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