Nous étions faits pour être heureux : Véronique Olmi

Publié le 26 Mars 2013

 Y a quelqu'un qui m'a dit de lire :

 

 Nous étions faits pour être heureux de Véronique Olmi

 

 Nous-etions-faits-pour-etre-heureux.jpgSuzanne, une accordeuse de piano, pénètre dans la vie d'un couple bourgeois. Elle ne rencontre Serge, le mari, que par hasard. Celui-ci ressent une attirance pour cette femme ordinaire qui ne lui ressemble pas. Ils vivent dans deux mondes différents mais souvent les hasards percutent les vies. Ils modifient les droites lignes fixées par la raison.

 De leurs rencontres hasardeuses naît un amour sans tabou, sans vérité car toute vérité n'est pas toujours bonne à dévoiler. Ils se livrent sans faux-semblant. Cependant, Serge souffre d'un mal psychologique qui le ronge et lui ôte toute envie de se confronter à la vie, d'être heureux. Son enfance érronée, travestie par de nombreux mensonges le cloitre dans un silence bouleversant. Suzanne est aussi une écorchée de la vie qui structure sa vie comme une partition.

 Néanmoins, les fausses notes agrémentent la douce mélodie et poussent un être construit et réfléchi à revenir sur son passé difficile.

Ne dit-on pas que la musique permet de s'ouvrir au monde?

 

 Véronique Olmi confronte deux vies parallèles qui souffrent et peuvent se comprendre. Leur manière de vivre est diamétralement opposée mais si semblable. Les activités de la journée sont séquencées pour ne laisser aucune place au doute, à l'improvisation. Cet emploi du temps fixe permet de rester en vie.

 Leur rencontre crée un désordre fondateur qui autorise un amour réel et une renaissance.

 Le texte se développe sur le mode de la partition. Le champ lexical de la musique agrémente tout le roman. Les silences donnent plus de valeur à cet amour adultère et passionné. Faust et Liszt donnent le rythme à l'œuvre. Le lecteur ressent les modulations de rythme, les oscillations lyriques. La musicalité du roman donne une puissance soutenue aux révélations de cet homme absent de sa vie.

 Très beau moment de lecture.

 

 

Voici quelques citations tirées du roman :

" Et ce jour-là, déjà, j'avais rencontré Serge. C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. Comme si elle était faite d'air, et rien que de cela. Vivait dans cette maison un homme dont je ne connaissais rien, à part la femme et le piano, un homme dont l'après-rasage était trop sucré, le costume bien trop sombre, et avant de nous rencontrer nous ne le savions pas, mais tous deux n'avions fait que marcher sur de minuscules planches de bois posées au-dessus de la boue."

"Je ne sais pas ce qu'il me reste de lui. C'est presque injuste que toujours soient inscrites en moi ces marques: les gènes,l'ADN, cette vie qu'on partage à l'intérieur du corps, c'est pire que des fers aux pieds. Je voulais te parler de ma mère, et je te parle de lui. Tu es la première femme à qui je parle de mon enfance. C'est fou comme on s'habitue aux mensonges, la vie inventée devient une histoire acceptable, on raconte des "bobard" comme tu dis, et à force notre véritable existence s'efface, on finit par être ce qu'on invente."

"Et Suzanne, où est-elle à présent? Elle lui manque. Tout le temps. Il y a ce vide qui fait mal au ventre, cette oppression même quand il ne pense pas à elle. Est occupé à autre chose. S'endort. S'énerve dans les embouteillages. Conclut une vente. Prend sa douche ou parle à son fils. À sa femme. À ses amis.À la terre entière qui n'est pas elle. Le manque surgit comme des bouffées. Sa vie est prise en étau. C'était si bon de pouvoir hurler son nom dans la rue tout à l'heure. Il avait retenu ce cri depuis Noël dernier, le studio de la rue de Rome. Ils s'étaient dit au revoir doucement, dans la pénombre, comme deux voisins. Hurler son nom. Ce ne sera jamais assez fort. Le manque d'elle est si violent que souvent il a envie de se battre. Il se sent méchant, enclin à l'ironie, il est amer et se dégoûte. Quelle patience ont ceux qui vivent avec lui. Car lui ne vit pas avec eux. Lui vit avec un cri muet qui le cloue au sol."


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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit...

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A
Une auteure que je dois encore découvrir ! Merci à toi.
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T
<br /> <br /> C'est un plaisir. Je te renvoie le même message car toi aussi tu me fais connaître de nouveaux talents.<br /> <br /> <br /> <br />