Le joueur d'échecs : Stefan Zweig

Publié le 12 Mai 2011

  Y a quelqu'un qui m'a dit de lire :

 

 Le joueur d'échecs de Stefan Zweig

 

 le joueur d'echecCette nouvelle a été publiée à titre posthume, après le suicide de Stefan Zweig au Brésil. Il faisait partie des exilés du nazisme. Cette circonstance de parution et le thème abordé dans cette ultime oeuvre rendent cette nouvelle inoubliable.

 Stefan Zweig aborde le jeu de l'échec comme palliatif à la torture infligée au prisonnier durant la seconde guerre mondiale. Le narrateur rencontre, sur un paquebot, un champion d'échec. Il s'attarde sur sa personnalité, Czentovic est un enfant a l'esprit naïf et inculte qui maîtrise l'art des échecs dans sa campagne. Il est très vite repéré et affronte les plus grands joueurs. Il devient un champion du monde très rapidement. Cette fois, il est de retour d'un tournoi qu'il vient de gagner. Il fait cette croisière pour affronter un autre joueur. Le narrateur veut faire sa connaissance et quoi de plus simple que de jouer une partie contre lui. Plusieurs hommes, amateurs de ce jeu, s'associent pour battre leur adversaire. Un homme, M.B., s'ajoute au groupe et donne d'excellentes indications. La partie s'achève sur une égalité. Un homme propose au champion de se confronter à M.B. le lendemain.

 Le narrateur rejoint M.B. sur le pont et engage une conversation sur sa dextérité de jeu. M.B. lui apprend le lourd secret qui le lie à ce jeu. Durant la guerre, il a été torturé psychologiquement et son seul moyen de défense était de jouer, mentalement, aux échecs. Ce jeu le mènera à la folie.

 Stefan Zweig décrit le plateau du jeu comme une scène de guerre où les adversaires doivent résister jusqu'à la mort. Les images sont profondes et la souffrance de M.B. est aussi celle de son créateur. Il a été exilé durant la guerre. Le schéma mental de la schizophrénie est détaillé. La description est minutieuse comme la technique du jeu d'échecs ou les stratégies militaires en temps de guerre.

 Stefan zweig dépeint les effets du mental sur les actions physiques, le pouvoir de l'esprit qui domine chaque évènement physique.

 Cette nouvelle est à lire de manière bi-polaire comme le jeu d'échecs (les blancs et les noirs; les deux esprits qui s'affrontent) c'est à dire soit comme une vraie partie d'échecs, soit comme une stratégie militaire avec ses avancées et ses défaites.

 

 Voici quelques citations tirées de la nouvelle :

 

 " D'abord tenu secret, le bruit courut bientôt que ce champion était incapable en privé d'écrire une phrase, même dans sa propre langue, sans faire des fautes d'orthographe, et que, selon la raillerie d'un partenaire rageur, " son inculture dans tous les domaines était universelle". "

 " Les monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m'ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l'infini."

 " J'eus bientôt une preuve tangible de l'attention que me vouait depuis longtemps la Gestapo : le soir même où Schuschnigg annonçait sa démission, la veille du jour où Hitler entrait à Vienne, j'étais déjà arrêté par des hommes de la SS."

 " On ne nous faisait rien - on nous laissait seulement en face du néant, car il est notoire qu'aucune chose au monde n'oppresse davantage l'âme humaine."

 " Je m'approchai et crus reconnaître, à travers l'étoffe tendue, le format rectangulaire d'un livre. Un livre ! Mes genoux se mirent à trembler : un livre."

 " La passion de gagner, de vaincre, de me vaincre moi-même devenait peu à peu une sorte de fureur; je tremblais d'impatience, car l'un des deux adversaires que j'abritais était toujours trop lent au gré de l'autre."

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Rédigé par alapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit...

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C
voir mon blog(fermaton.over-blog.com)
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F
<br /> Voir mon blog(fermaton.over-blog.com)Page-10<br /> THÉORÈME DU PEIGNE<br /> Conscience d'un joeur.<br /> <br /> <br />
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T
<br /> <br /> J'avoue être impressionnée par tes théories. Un peu larguée car je ne suis pas une scientifique de renom mais je constate l'implication des sciences dans la littérature et en général dans l'art.<br /> <br /> <br /> Merci de tes lumières.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Ah ce livre, j'en ai profité en Audiolib, lu par Edouard Baer (sa voix est un régal !)....<br /> En l'écoutant, j'ai ressenti son besoin de répéter sans arrêt les parties d'échecs des grands maitres comme un moyen de rentrer en transe pour fuir la réalité, la torture... Et à chaque fois que je<br /> l'écoute, j'ai le sentiment que, pour lui, jouer la partie finale, c'est comme se retrouver face à son bourreau... Les échecs ont été un moyen de s'évader par l'esprit et sont devenus sa prison en<br /> quelque sorte. C'est un texte très troublant !<br /> <br /> <br />
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L
<br /> chouettes citations!<br /> <br /> <br />
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A
<br /> J'ai adoré ton commentaire et ton analyse. Je n'avais pas été jusque là dans la signification des pions blancs et noirs en temps de guerre. Moi, j'étais restée obnubilée par le fait que le héros<br /> rejoue et apprend les combinaisons par coeur sans arrêt à en devenir fou mais pourquoi il les rejoue ces parties : est-ce pour nous montrer en tant qu'auteur qu'il se sent trop impuissant face à<br /> cette guerre ?<br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Je pense que l'auteur a certes ce sentiment d'impuissance, mais il faut aussi comprendre que M.B. est dans une position de torture mentale. Il n'a rien à penser jusqu'à la découverte du livre sur<br /> les échecs. C'est un moyen de fournir une occupation à son esprit jusqu'à en devenir fou. Par ce jeu, il fuit la torture. C'est mon avis<br /> <br /> <br /> <br />