Le coeur régulier: Olivier Adam

Publié le 5 Octobre 2010

Y a quelqu'un qui m'a dit de lire (la rentrée littéraire)

 

Le coeur régulier d' Olivier Adam

 

Olivier Adam 003Ce roman est attrayant par son sujet: le suicide, mais surtout l'incompréhension de l'acte. Une femme Sarah suit les traces de son frère Nathan qui a séjourné au Japon, où il tentera de se suicider et sera sauvé par un personnage anecdotique Natsume. Ce roman est un roman de l'absence. Dans cette oeuvre, les vies passées et présentes s'attachent, se complètent dans la recherche d'une réponse à une question éternelle: celle du passage à l'acte. L'écriture n'est pas larmoyante, elle touche par son émotivité à fleur de peau. Olivier Adam positionne son personnage sur cette ligne fugace qui nous fait tenir et parfois chavirer. Il traque les sentiments et la perception issus de la perte d'un être cher. A quel moment décide-t-on de mettre fin à ses jours? Il dessine un personnage en décalage, marginal, donneur de leçons dont l'auteur, lui-même, lui attribuera le qualificatif d"'inflammable". C'est aussi une lecture sur le sentiment de culpabilité face au deuil.

 Je considère qu'il a sa place sur la liste du Prix Goncourt car dans la perception des sentiments on lit sans détour les sensations perçues devant le suicide, c'est à dire l'incompréhension, le doute, la colère et la panique de son propre suicide. Dans la description de la mer et des falaises, l'auteur crée un personnage incontournable du roman. Les bourrasques de vents, le crachin des vagues englobent Sarah et la maintiennent, en vie, sur le rivage.

 

Voici quelques citations tirées du roman:

 

 "Et il leur suffisait d'allumer la télé pour contempler des galeries entières de parents en tout point identiques aux leurs et à ceux de leurs camarades, rentrant chaque soir de leur travail valorisant et rémunérateur, dotés de voitures aux marques prestigieuses, suédoises ou allemandes, de résidences secondaires en Normandie en Bretagne ou dans le Pays basque, pratiquant le tennis, le golf et le jogging du dimanche matin, toujours impeccablement vêtus, goûtant le repos dans des pavillons rangés et entretenus, à la décoration choisie, et dont le vernis s'écaillait à la première occasion, laissant à nu des secrets putrides, les viscères du mensonge et de la dissimulation."

 " Mais j'aime qu'ici l'on chérisse ses morts en plein coeur de la vie, qu'à tout instant l'on interrompe le cours des choses pour se recentrer sur l'essentiel, ses souhaits les plus profonds,le sens de ses actes, l'amour qu'on porte à ses proches, sa famille,ses amis."

 "Ca ne finirait jamais ce gouffre qui se creusait entre nous, ce silence qui allait s'épaississant, cette manière que j'avais de le tenir à distance à mon tour, comme on craint que le malheur et la dépression ne nous contaminent, comme on se méfie de soi, de ses penchants secrets, de ses inclinaisons morbides de sa propre folie, du renard du chien jaune de la hyène qui nous rongent et menacent de nous anéantir"

 "Toutes ces années, je m'étais tellement échinée à me perdre, à me fondre dans le décor, à me noyer dans la masse. je m'étais noyée tout court."

Rédigé par alapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit...

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