La mer noire : Kéthévane Davrichewy

Publié le 15 Mars 2012

 IMG-copie-1.jpgLa mer noire, mer intérieure, encerclée par la Bulgarie, la Géorgie, la Roumanie, la Russie, la Turquie et l'Ukraine est le sujet pictural de prédilection d'Ivan Aïvazovski. Dans la "neuvième vague", il peint un naufrage sur la Mer Noire.

 Kéthévane Davrichewy décrit un naufrage dans son deuxième roman, celui d'un amour intouchable. Ce roman est issu de son histoire familiale, précisément de ses grands-parents qui ont vécu l'exil.

 Elle aborde, aux travers des rêveries d'une grand-mère, le pays de ses origines géorgiennes. Tamouna est une grand-mère, forcée de quitter son pays pour fuire la dictature russe. Kéthévane Davrichewy aborde le thème de l'amour éternel, de l'intégration et des incompréhensions de l'Histoire.

 Sous forme de rêveries, Kéthévane Davrichewy raconte l'histoire d'une rencontre amoureuse d'adolescents. Tamouna a quinze ans quand elle tombe amoureuse de Tamaz, durant son dernier été à Batoumi. La famille de Tamouna est obligée de s'exiler en France, à Paris, pays du bonheur. Hélas, cette ville tellement idéalisée dans la culture slave devient le tombeau de Tamouna.

Celle-ci vit ou plutôt laisse la vie la guider dans un village près de Paris. Les Géorgiens exilés vivent en communauté. Ils sont solidaires, se marient entre eux. Ils se côtoient mais jamais personnes n'évoquent le passé trouble, la violence infligée à leur peuple. Chacun reste muré dans son silence. Chacun porte dans son coeur un bout de son pays natal. Tamouna emporte avec elle son pays et le seul amour de sa vie.

 Certes, elle se marie, a des enfants, continue à rendre visite à sa famille qui ne cesse de s'agrandir. Elle a des nouvelles de Tamar qui a fui la dictature. Il est devenu architecte aux États-Unis, a des enfants. Mais elle continue à vivre dans ses souvenirs. Elle revoit quelquefois son amour de toujours. Ils s'aiment mais la vie les a séparé. Ils ont une liaison durant trois jours et trois nuits.

 Ils se revoient une dernière fois, seuls, durant le dernier anniversaire de Tamouna qui fête ses quatre-vingt dix ans. Elle meure apaisée d'avoir aimée et de l'avoir revu.

 Tamar est l'homme qui fait découvrir l'amour à Tamouna et se sera le dernier à lui avoir fait l'amour.

 

 Ce roman est une histoire d'amour calme et préservée. Le lecteur ne pénètre pas dans une tragédie grecque mais dans un doux songe amoureux. Les méandres de la guerre qui les séparent n'entachent pas l'amour idéal qu'ils se promettent l'un à l'autre dans un silence. Ils continuent à vivre l'un avec l'autre mais l'un sans l'autre. Les lettres écrites par Tamouna pour son amant idéalisé, vénéré, sont d'un romantisme romanesque et poétique. Celles-ci ne seront jamais envoyées, aggrafées dans un cahier qu'elle détruira des années plus tard. Geste encore plus émouvant.

 Kéthévane Davrichewy accompagne son récit amoureux de pincées d'histoire. Le lecteur découvre la Géorgie mais pas vraiment les raisons de la dictature russe. La Géorgie livre ses coutumes, ses croyances. Cette auteure apporte une explication au besoin de rester en communautés même dans un pays qui lui offre son hospitalité. Le thème de l'intégration est posé et la question récurrente des apatrides reste en suspend. Personne ne connaît de réponses : les exilés aiment leur pays mais ne peuvent y retourner; ils aiment la France mais ne parviennent pas à prendre cette nationalité car ce serait renier leurs racines.

 C'est un roman doux, attendrissant qui redonne ses lettres de noblesse à l'amour et permet à une fille d'immigrés d'essayer de comprendre sa propre histoire.

 

 Quelques citations tirées du roman:

 " Les côtes géorgiennes se sont évanouies dans la mer Noire. Je me bouche les oreilles. Les sanglots de la petite fille me sont insupportables. Je voudrais sortir sur le pont, prendre l'air, et vomir dans la mer. Nous sommes bloqués à l'intérieur. J'étouffe. La voix de Déda résonne derrière moi. La main de mon père se pose sur mon épaule. Je ne sais pas de quand date la décision de quitter le pays."

 "Son courage me séduit. Par honnêteté envers lui, je ne vais plus t'écrire. Je n'ai pourtant pas cessé de t'aimer. J'ai cessé de t'espérer."

 " Ai-je eu raison de lui mentir? Je ne l'ai pas laissée décider. Qu'aurait-elle voulu faire du temps qui lui restait si j'avais dit la vérité? Mentir toujours. On n'avait fait que ça. Mentir sur la disparition de notre père, mentir sur le retour possible, mentir sur nos amours. Nos vies ne sont que mensonges."


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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #juste un glaçon

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A
Rien de grandiose dans ce petit roman mais j'avais tout de même bien aimé cette histoire d'amour. Une belle écriture qui m'avait fait passer un bon moment de lecture. Bises.
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