La crève : Frédéric Dard

Publié le 3 Mars 2011

 

 

002-copie-5Ce roman est un huis-clos qui se passe dans une chambre à la fin de la guerre, lors de l'épuration. Une famille, ayant collaborée avec les Allemands se réfugient dans la chambre d'un ancien milicien. Leurs dialogues sont violents, les termes sont poignants. Ils se jaugent, se jugent et tentent de rester en vie. Pendant que la ville est libérée, eux s'enferment dans une volonté de se protéger. Constance, la mère est persuadée qu'elle pourra sauver sa famille. Celle-ci fait face au père, Albert, qui ne présage rien de bon sur la fin de leur vie. Leurs deux enfants se sont rendus coupables de crime de collaboration, Hélène par sa liaison avec un officier allemand et Louis (Petit-Louis) pour son appartenance à la milice.

Hélène sera la première à sortir de cette cachette et à subir les conséquences de ses actes. Son crâne sera rasé. Elle accompagnera des soldats jusqu'à sa famille car elle est persuadée que son frère va être simplement jugé. Mais, celui-ci sera fusillé devant les yeux de son père.

 Frédéric Dard utilise avec constance les silences. Il décrit chaque visage, chaque posture comme l'annonce de leur fin prochaine. Les dialogues sont puissants de vérité. Chacun conçoit sa propre vision de la vie et Frédéric Dard donne une traduction fidèle des sentiments de chaque personnage. Louis, malgré la violence des faits qui lui sont reprochés, reste le petit Louis que la famille doit protéger. Hélène est une femme enfant qui est le lien impérissable qui unit cette famille. Le père est un être fort de conviction qui a donné sa vie à la construction des routes de France et qui contemple la destruction de sa famille d'un air las. La mère est un amas de chair grasse qui absorbe ses enfants.

 Frédéric Dard atteint la noirceur extrême de la violence par la juxtaposition de moment heureux (le passé, l'enfance) et la terreur d'une fin annoncée. Il aborde le difficile choix d'un camp durant la guerre et surtout les conséquences de ce choix. La prouesse est exemplaire et le sujet traité avec dextérité et à-propos. Aucune fausse note, les personnages ont une âme.

 

Voici quelques citations tirées du roman :

" Ces gens ne sont pas là pour dormir. Enfermés dans la chambre, ils attendent que l'histoire de la France s'accomplisse."

" Parle pour ta fille qui levait ses robes devant le premier Allemand venu, moi, j'ai suivi ma conscience. Je pensais que la vérité était dans le triomphe. Et celle que j'avais choisie n'a pas triomphée."

" Rien n'est plus persévérant que la vérité, on essaie de l'oublier, on y parvient et vlan ! la revoilà narquoise."

" Le pénible, dans l'existence, c'est d'avoir à prendre des décisions. Même lorsqu'on laisse couler la vie, il faut décider de ne pas intervenir dans l'accomplissement du destin."

" Il y a eu des hommes avec des idées, des hommes avec des ambitions, des hommes avec de la force inemployée. Tout ça donne des héros et des salauds.

" Mourir de faim, c'est mourir de sa bonne mort. s'ils me prennent, ils m'adosseront contre quelque chose de vertical et ils m'administreront un jet de mitraillette."

" Une femme tondue n'a plus de sexe. Elle se perd dans cette suprême nudité. Hélène ne veut pas. Pas ça, pas ça, pas ça ! Peut-êrte la mort ? Oui, la mort avec ses cheveux est préférable. Autrement Hélène ne s'aimera plus jamais, elle vivra toute sa vie avec une honte insurmontable d'elle-même."

 " Cette histoire nous appartient à nous quatre, nous devons la charrier ensemble jusqu'au bout."

 

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Rédigé par alapage

Publié dans #p'tit polar entre amis

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