Du domaine des Murmures : Carole Martinez

Publié le 19 Mars 2012

 

 Y a quelqu'un qui m'a dit de lire :

 

 Du domaine des Murmures de Carole Martinez

 

IMG-copie-2.jpgAu détour d'un roman, le lecteur perce le secret des Croisades, cette volonté chrétienne de dominer le monde par ses croyances.

 Carole Martinez donne sa vision du Moyen-Âge avec ses superstitions, ses conquêtes religieuses dictées par Dieu et les hommes. Elle dévoile au lecteur la foi d'une jeune femme, Esclarmonde, qui décide de défier son père en refusant de se marier. Esclarmonde a quinze ans quand elle brave les interdits de son père et décide d'être emmurée et de ne faire plus qu'un avec Dieu. La seule ouverture qui lui reste sur le monde est une fenestrelle qui lui permet de recevoir un repas et de l'eau. Elle voue un culte sans entrave au seul être qui domine le monde : Dieu.

 Mais Dieu met sur sa route de bien dures épreuves. Dans sa geôle, elle comprend les difficultés qui tyrannisent son peuple. Elle écoute à travers ses barreaux les malheurs qui tiraillent les êtres pleins de dévotions. Cette sainte a un pouvoir sur son pays et ses hommes. Par sa simple volonté, elle repousse la mort hors de son territoire. Mais, la mort ne laisse jamais sa proie. Elle attend tapis dans l'ombre. Esclarmonde réussit-elle à faire cohabiter dans un seul esprit les lois des hommes et sa croyance en Dieu?

 Carole Martiinez, au son d'une chanson de lais, redonne ses lettres de noblesse au roman historique. Son roman est un songe emprunt de croyance et de guerre intestine. L'homme se retrouve face à l'Être Suprême avec ses doutes, ses erreurs et sa volonté d'être sauvé de la damnation.

 Cet écrivain décrit l'atmosphère du XI-XIIème siècle, où la religion est un élément central de la grande Histoire et du roman. C'est une ambiance à la fois austère, celle d'un couvent, d'une retraite et à la fois une vive effervescence dans les combats pour reprendre Jérusalem. A travers les cauchemars de cette recluse, le lecteur découvre la violence des guerres de religions, la folie des hommes au milieu du désert. Cette femme cloîtrée est un voyage dans ce siècle soumis à la dictature; celle de l'homme sur la femme, du suzerain sur ses vassaux, des religieux sur les hommes...

 Carole Martinez aborde tous les pans de ces siècles avec une poésie qui subjugue son lecteur. Celui-ci se laisse enfermer dans cette cellule de pierre pour en sortir plus libre et plus heureux d'être un homme libre. Les mots sont justement choisis avec de nombreuses utilisations de termes anciens qui donnent un cachet et une crédibilité supplémentaire au roman.

 Dans ce roman, cette auteure pose la question de la légitimité de certaines croyances et la part de l'homme dans la création et la divulgation de ces croyances.

 Ce roman obtient le Prix Goncourt des lycéens 2011 et confirme la maturé des adolescents-lecteurs qui savent déceler un talent.

 

 Voici quelques citations tirées du roman:

 " L'amour déraisonnable des petits était affaire de femmes, les hommes se détournaient de leurs filles surtout, vivant dans une autre sphère, celle du féminin, de son mystère, de sa faiblesse,de sa misérable imperfection. Les hommes se devaient d'aimer mieux, sans débordement, sans mollesse, ils prenaient soin de leur progéniture à distance et leur parole était comme la lame d'un glaive."

 " L'enfantement n'était pas seulement une torture physique, mais une peur attachée comme une pierre à une joie intense. les mères savaient la mort déjà à l'oeuvre dès le premier souffle de leur enfant, comme accrochée à leur chair délicate. Souviens-toi que tu es poussière!"

 " Les jours se succédaient, les terres et les cités, le royaume de Hongrie et l'Empire byzantin et Andrinople, et les sermons de Thierry II galvanisaient les troupes du Tout-Puissant, justifiant par la Bible le sang répandu, mal nécessaire que tout cela, hurlait-il aux guerriers, puisqu'il avait bien fallu sacrifier les premiers-nés d' Egypte pour gagner la Terre sainte."

 "J'ignorais qu'il arrivait que le menu peuple, aveuglé par la terreur, commît des meurtres pour qu'un saint ne quittât pas son pays. J'aurais dû voir que ma présence s'était changée en un vrai trésor et comprendre que, vivant ou mort, le corps d'un saint gardait tous ses pouvoirs."

 

 

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit...

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