Solibo Magnifique de Patrick Chamoiseau

Publié le 4 Août 2021

Solibo Magnifique de Patrick Chamoiseau

Un cadavre agite les témoins du drame sous un tamarinier. Solibo, le raconteur d’histoires, est mort. De mort naturelle ou par assassinat, seule l’enquête pourra déterminer les faits qui ont conduit à ce drame. L’enquête hasardeuse de l’inspecteur Pilon et de son acolyte Bouaffesse est truffée d’embûches, saupoudrée de croyance, imbibée de rhum, de paroles, de bagarres et de silence.

 

Patrick Chamoiseau, par le truchement de cette mort hors du commun, aborde les oppositions marquantes entre la parole orale et l’écrit. Il revient sur la symbolique de la transmission orale pour qui sait écouter la voix du sage. L’auteur expose les croyances liées à la Religion, aux mythes passés, à la culture noire et à la magie.

Il se réapproprie sa culture en dépeignant les habitants de La Martinique. Patrick Chamoiseau traverse Fort-de-France, décrit sa communauté, ses croyances, l’oubli de celles-ci et la captation d’autres. L’homme s’enrichit de culture nouvelle mais cependant doit-il pour autant oublier celles qui ont fait ce qu’il est ?

 

Si l’envie vous prenait de découvrir une île par le biais d’un roman, je vous conseille de vous évader aux bras de Patrick Chamoiseau qui connaît tous les raconteurs de La Martinique.

 

Le cadavre est froid, atteint de rigidité. Il ne présente aucun signe de putréfaction. Aucune écorchure, égratignure ou contusion ne se voit sur le visage et sur les mains. La face est grisâtre, les oreilles violacées, une écume rose sort de la bouche et du nez. Les yeux sont écarquillés. Aucun traumatisme n’est visible sur la poitrine, le ventre, les bras et les jambes. Le crâne ne porte aucune blessure apparente.

(...) La réalité s’imposa pour certains avant même d’être clairement formulée : ils s’enfuyaient, en épouvante silencieuse, abandonnant nos futurs témoins, quatorze nègres, dont trois madames, tous certainement imbéciles tant il est notoire qu’avec un mort la loi s’en mêle, et qu’alors-hector ta vie devient une manière de la danse haute-taille (celle où tu bouge aux ordres d’un commandeur).

(...) Seule l’igname sotte, disait-il, fournit la corde qui l’étrangle. Cette transition entre son époque de mémoire et bouche, de résistance dans le détour du verbe et cette autre où survivre doit s’écrire, le rongeait. Son charbon s’accumulant sonna le glas. Il ne vendait plus rien. Avec obstination, entrain désespéré, il ramenait de son four des sacs et des sacs, et les sacs s’ajoutaient aux sacs, pyramidaient les sacs. Nul n’en vit le désarroi dans son élocution, c’était si peu : un bourgeon de silence, une coulure dans le mot, le frisson d’une lèvre que la peur habitait. Il disparut du marché, mais sa place déserte n’interrogea les paupières que de quelques ancêtres. (...)

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #La Martinique, #Chamoiseau, #Solibo, #Conteur

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