Si belles en ce mouroir : Marie Laborde

Publié le 12 Juin 2020

Si belles en ce mouroir : Marie Laborde

Pourquoi ce choix ? me demanderez-vous. Pour la découverte d'un monde que je ne connais pas et qui m'angoisse un peu. Je fais partie de ce groupe dont le fait de vieillir ne renvoie pas à une image idyllique de la vie. Certes, on espère rencontrer le grand âge, quand même!

 

Cependant, quand ce sont trois adorables grands-mères qui vous font visiter cette demeure, le lecteur ne reste pas un sensible au charme du lieu. Plus exactement, il ne résiste pas à devenir complice de ces grands-mères fantasques. 

Sur le ton de l'humour et de la plaisanterie, elles dévoilent leurs vies passées avec leurs aléas. Leurs vies n'ont pas été toujours roses mais elles ont su y faire face. Parfois, en poussant très légèrement un homme d'un balcon en construction, parfois pour l'amour d'un chat ou simplement pour revoir un arbre deux fois centenaire. 

L'auteur glisse avec malice et subtilité les problèmes rencontrés dans les Ehpad comme l'absence de soins. le manque de personnel pour les prodiguer, les salaires faibles et enfin l'absence des visites des proches. Mais la mort aussi de certains pensionnaires qui ne dîneront plus à la même table avec les mêmes convives.

Vous allez adorer les virées au réfectoire, les jeux de scrabble mais surtout les sorties non autorisées. Le lecteur deviendra le quatrième membre de la troupe. Les trois mousquetaires de la maison de retraite !

J'étais déterminée à revenir sur le coup de téléphone de Léo, je voulais en finir avec cette histoire. Mais pas le temps de sortir mon cahier de sa cachette qu'un commando de trois blouses blanches a pénétré dans ma chambre (sans frapper). En tête. le docteur Trucmuche, science médicale et autorité. Collé à ses talons : Blanc-Bec, l'interne qui n'est là que parce qu'il n'a pas pu se caser ailleurs, qui ne vous regarde pas en face mais dont les pensées se lisent à livre ouvert : les vieux, c'est moche, ça pue, c'est pas ragoûtant, pas intéressant, et vivement que la visite se termine parce que deux mille amis l'attendent sur Facebook. La troisième blouse blanche, l'infirmière-chef surnommée Madame Pète-Sec, porte les dossiers.

Confite d'amour pour le docteur Trucmuche, elle fait sa compétente super-pro, s'agite pour montrer son efficacité et l'échancrure de sa blouse dévoile comme par inadvertance un soupçon de dentelle noire sur un sein que nul ne saurait voir.

"La vieillesse n'est pas aux vieux.
- Elle est à qui alors? a demandé Grandpied.
- A mon gendre. A ma fille. A la Résidence. Au notaire. Aux impôts. Les voleurs de vieux prennent tout, je n'ai même plus de porte-monnaie avec dix euros parce qu'ils ont peur que je me fasse voler par les aide-soignantes. Et si je préfère être volée par les aide-soignantes plutôt que par eux? Je peux? Non, je ne peux pas. Je ne peux rien. Même voir mon marronnier, je ne peux pas. Je suis très fatiguée.

Le vieux schnock est donc parti pour un grand badada avec Milady Vermine. Nous pleurons sur l'humaine condition devant sa chaise vide et songeons à notre tour qui viendra bientôt.

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #2020, #Roman, #Marie Laborde, #Ehpad, #retraite

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