Mon Père : Grégoire Delacourt

Publié le 2 Septembre 2019

Mon Père : Grégoire Delacourt

Edouard, un père ravagé par l'incompréhension, la rage et la haine saccage une Eglise. Il veut obtenir justice pour les violences infligées à son fils par un prêtre pédophile. 

Edouard et le père s'enferment dans un huis-clos violent  qui pousse l'abbé abuseur dans une divulgation perverse envers les enfants.

 

Le lecteur se trouve emprisonné dans ce lieu de culte sans aucune chance de fuir. Il faut connaître la vérité pour échapper à ce cauchemar insoutenable. Grégoire Delacourt fait un parallèle entre l'histoire de la Bible où Isaac est offert par Abraham en sacrifice à Dieu. Constamment, l'auteur ramène ce père impuissant face à son absence durant l'éducation de Benjamin. La culpabilité d'Edouard se confronte à celle quasi infamante de ce prêtre. Se crée une ambivalence entre le père (figure paternelle) et le Père (figure religieuse). Le paternel se trouve incapable de sauver son propre fils de la perversité car rien ne prédispose un enfant à subir de telles atrocités par un Père spirituel.

 

Roman majeur, puissant et déstabilisant, Grégoire Delacourt met sur le devant de la scène un acte d'une monstruosité sans nom perpétré par des hommes d'Eglise. Cette histoire romancée sera pour certains la révélation de leur propre calvaire. L'Eglise doit prendre ses propres responsabilités et dénoncer à la justice des hommes, ces êtres monstrueux qui se livrent au nom d'un culte à de telles atrocités.

Des noirceurs. Regarde-toi, Isaac. Regarde en ton abîme. Il faut parler, il faut crier, car qui ne parle pas, qui ne crie pas laisse triompher le monstre et devient son propre assassin.

Mais toi, tu t'es tu.

Car tout est là, dans cette escroquerie, dans cette mystification. Le pardon permet l'infamie. Le pardon autorise toutes les abominations.
Il est la semence du mal.
L'épine du monde.
"Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu'ils auront proférés."

Et puisque selon les oeuvres il est rétribué - fureur pour les adversaires, châtiments pour les ennemis-, on devrait toujours tuer ceux qui tuent nos enfants. Mais il faudrait pour cela être soi-même un serpent, une toxicité, parvenir à rejeter l'hypocrisie de la civilité et oser penser que parfois "la guerre qui répare et la paix qui sépare". Et c'est sans doute à cause de cela que la justice a été inventée, âprement négociée, afin d'éviter les carnages, les couteaux dans le front, les doigts coupés et les coeurs arrachés.

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Roman, #2019, #lattès, #Grégoire Delacourt

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