Tragiquement bouleversant

Publié le 2 Décembre 2018

Tragiquement bouleversant

"La vraie vie" débute comme un conte cependant celui-ci se transforme rapidement en cauchemar. Un charmant petit lotissement où les habitants vivent paisiblement, à l'exception de celui de la narratrice et de sa famille. Le père est un homme violent qui passe ses nerfs sur sa femme puis manipule mentalement ses enfants. Seule la narratrice tente par divers moyens de se sauver et de protéger sa famille. Elle désire remonter le temps et effacer les éléments néfastes qui ont anéanti le sourire de son petit frère. De chimère, en rêve jusqu'aux rencontres décisives, la jeune fille subit un véritable calvaire.

 

L'écriture, au niveau d'un regard d'enfant, accentue la violence des gestes, l'amertume ourdie derrière des regards menaçants. Les scènes violentes se dissèquent au scalpel avec une volonté de s'affranchir de tant de haine. Adeline Dieudonné donne les armes nécessaires à l'émancipation de son héroïne. Dans un soutien bref et réel de certains protagonistes, la jeune fille se forge un caractère volontaire puisé dans la lie de cette haine horrible qui doit s'arrêter. Mais à quel prix?

 

Un roman qui prend aux tripes et vous révolte !

 

J'aimais m'endormir avec sa petite tête juste sous mon nez pour sentir l'odeur de ses cheveux. Gilles avait six ans, j'en avais dix. D'habitude, les frères et soeurs, ça se dispute, ça se jalouse, ça crie, ça chatouille, ça s'étripe. Nous pas. Gilles, je l'aimais d'une tendresse de mère. Je le guidais, je lui expliquais tout ce que je savais, c'était ma mission de grande soeur. La forme d'amour la plus pure qui puisse exister. Un amour qui n'attend rien en retour. Un amour indestructible.

Gilles avait raté son année scolaire. Il ne manifestait pas le moindre interêt pour l'école. Il ne manifestait pas le moindre intérêt pour quoi que ce soit, excepté la mort. Je crois qu'en réalité il ne ressentait presque plus rien. Sa machine à fabriquer les émotions était cassée. Et le seul moyen d'en ressentir était de tuer ou de torturer. J'imagine qu'il se passe quelque chose quand on tue. On déplace un élément dans le grand équilibre de l'univers et ça génère une sensation surpuissante. Gilles s'ennuyait. Je savais que je réussirais à changer le passé un jour. Mais ça prendrait du temps et, en attendant, la vie de mon petit frère allait être une longue autoroute monotone jonchée de carcasses d'animaux.

Je n'avais pas peur. Et je savais une chose. je n'étais pas faible. J'acceptais ma mort à l'âge de quinze ans. J'avais entrevu tout ce que la vie avait de merveilleux à m'offrir. J'avais vu l'horreur et j'avais vu la beauté. Et la beauté avait gagné. je n'étais pas faible. J'acceptais de perdre Gilles pour toujours. De ne pas revenir le sauver. Je n'étais pas faible. Je n'étais pas une proie.
Avant de trancher ma carotide, mon père a approché son visage à quelques centimètres du mien.

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #roman, #violence, #tragédie

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