L'ANALPHABETE d'Agota Kristof

Publié le 16 Novembre 2018

L'ANALPHABETE d'Agota Kristof

En onze chapitres, découvrez la traversée d'une émigrée qui a fui la Hongrie pour se reconstruire en Suisse. Cette auteure démontre avec finesse et hardiesse sa volonté de s'intégrer, de se confronter au français une langue diamétralement opposée à la sienne et surtout son désir de vivre.

 

Elle juxtapose son désir d'écriture et la difficulté d'intégration malgré un entourage conciliant. Les émigrés se retrouvent à l'usine, côtoyant une langue "barbare" et démunis devant un monde culturel différent du leur.

 

Dans ce livre, le lecteur perçoit l'immigration par le biais du regard d'une femme qui a fui son pays avec son bébé dans les bras. 

 

A faire lire par le plus grand nombre !

Mise à part cette fierté grand-parentale, ma maladie de la lecture m’apportera plutôt des reproches et du mépris :
« Elle ne fait rien. Elle lit tout le temps. »
« Elle ne sait rien faire d’autre. »
« C’est l’occupation la plus inactive qui soit. »
« C’est de la paresse. »
Et, surtout : « Elle lit au lieu de … »
Au lieu de quoi ?
Encore maintenant, le matin, quand la maison se vide et que tous mes voisins partent au travail, j’ai un peu mauvaise conscience de m’installer à la table de la cuisine pour lire les journaux pendant des heures, au lieu de… de faire le ménage, ou de laver la vaisselle d’hier soir, d’aller faire les courses, de laver et repasser le linge, de faire de la confiture ou des gâteaux…
Et surtout, surtout ! Au lieu d’écrire.

Alors, pendant ces heures de silence forcé, je commence à rédiger une sorte de journal, j’invente même une écriture secrète pour que personne ne puisse le lire. J’y note mes malheurs, mon chagrin, ma tristesse, tout ce qui me fait pleurer en silence le soir dans mon lit.
Je pleure la perte de mes frères, de mes parents, de notre maison familiale qu’habitent à présent des étrangers.
Je pleure surtout ma liberté perdue.

A l’usine, tout le monde est gentil avec nous. On nous sourit, on nous parle, mais nous ne comprenons rien.
C’est ici que commence le désert. Désert social, désert culturel. A l’exaltation des jours de la révolution et de la fuite se succèdent le silence, le vide, la nostalgie des jours où nous avions l’impression de participer à quelque chose d’important, d’historique peut-être, le mal du pays, le manque de la famille et des amis.

Nous attendions quelque chose en arrivant ici. Nous ne savions pas ce que nous attendions, mais certainement pas cela : ces journées de travail mornes, ces soirées silencieuses, cette vie figée, sans changement, sans surprise, sans espoir.

Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Zoé, #immigration, #Hongrie, #autobiographie, #écriture

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