Bouleversant et sensible !

Publié le 10 Novembre 2018

Bouleversant et sensible !

ce sont les termes qui définissent assez bien les personnes qui hantent l'esprit de Gilles Paris. Ses héros du quotidien ont grandi mais les ombres du passé accaparent toujours leur vision du monde.

 

Gilles Paris offre aux lecteurs les visions différentes de trois protagonistes qui ont vécu une partie de leur adolescence ensemble. Par ce biais, il redéfinit l'interprétation des souvenirs. Chacun propose sa vision du passé et surtout l'évolution des bases fixées dans l'enfance. 

 

Cet auteur accentue l'idée que l'enfant est capable de violence. L'enfance douce et tranquille que le lecteur essaie de percevoir chez cet être est balayée par sa force tranquille. Force synonyme de violence. Ne définissons-nous pas que les enfants peuvent être violents entre eux par le biais de phrases ou de coups échangés. La dualité de l'être apparaît dès la naissance. 

 

 

Lors d'une des nouvelles, l'auteur pousse son argumentation jusqu'à convoquer l'irrationnel (le fantôme) qui pousse sa "charmante" grand-mère par la fenêtre. 

Ce que le lecteur n'oubliera pas de souligner chez cet auteur : la mort reste un point sensible (un des parents meurt souvent ou le décès prématuré pèse sur les épaules de ces orphelins).

 

Encore une fois accaparée par ses histoires qui redéfinissent le goût de vivre ! 

J'ai cru perdre la raison, tellement ce garçon m'attirait. Je n'arrivais plus à m'extraire de lui. Son visage s'imprégnait en gros plan, refoulant toutes pensées hors de moi. Chaque pulsation de mon coeur me rappelait son intensité quand nous nous aimions. Je le retrouvais toutes les nuits. La journée je somnolais sur la plage. Amance m'observait avec défiance. J'évitais les yeux verts d'Anton quand ils se posaient sur moi le jour : je sentais le fer de son regard me marquer comme un animal à terre. Le désir fouillait mon ventre. Ma tête pleine d'Anton en exigeait davantage. En m'offrant à lui je n'avais rien gardé de moi. J'étais lui, tout entière.

Et c'est comme ça que tout a commencé. C'est bien plus tard que j'ai compris. A dix ans, le monde est une balle qui vous éclate entre les doigts sans prévenir. J'avais tant de questions à poser à papa, à maman, à grand-père, à Clara, mais pas à Apolline. Je ne souhaitais qu'une chose. Une seule. Qu'elle tombe de la fenêtre de sa chambre. Après tout, c'était finalement Apolline qui avait versé le poison dans la tasse de thé de grand-père et fait trafiquer la voiture avec laquelle Rose et moi avions percuté un arbre de la forêt, sans freins pour pouvoir nous arrêter...

Maman est morte quand je suis née. Comme je ne l'ai pas connue, je n'ai pas de chagrin. Je regarde parfois des photos dans la chambre de papa : c'est une belle étrangère aux cheveux longs qui me sourit. Ses yeux sont aussi bleus que la mer, ici, à Panarea, en Sicile, où je vis avec papa qui n'a jamais voulu retourner en France. Maman est enterrée à Stromboli; une tombe entre les hautes herbes qui cachent les fleurs que papa dépose chaque semaine. De belles roses jaunes qui respirent la mer au loin avant de se faner, laissant leurs pétales flotter dans l'eau croupie qui sent l'oeuf pourri. Je tiens papa par la main et je ne ressens rien. Maman est sous terre et je n'ai du chagrin que pour les pétales de roses jaunes.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Gilles Paris, #Gallimard, #des news

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