Destabilisant ! "la vie d'une autre" de Frédérique Deghelt

Publié le 16 Juin 2018

Destabilisant ! "la vie d'une autre" de Frédérique Deghelt

Que ferions-nous si notre mémoire effaçait douze ans de notre existence? Frédérique Deghelt nous livre des pistes de réflexions empreint de notes d'espoir.

 

Marie, vingt-cinq, amoureuse de Pablo rencontré lors de la célébration de son tout premier job, se réveille douze ans plus tard avec un mari (toujours Pablo), trois enfants et un job qu'elle vient de perdre. Le trou noir ! Comment expliquer à l'homme qui partage sa vie qu'elle ne se souvient que de leur première nuit ? Comment élever des enfants que vous n'avez pas vu grandir? Où sont leurs écoles? Qui est la nourrice ? Quels sont ses vrais amis? Quel évènement détonateur a engendré ce cahot?

 

Une enquête sur soi, la fragilité de l'existence, ses espoirs et ses rêves abandonnés sur le chemin des compromis ! L'auteur s'insinue dans son esprit et le nôtre. Elle arpente les sentiers d'une vie quotidienne qui endort les envies primaires et les désirs secrets de l'héroïne. 

 

Ce roman captive par sa simplicité et son honnêteté. Les rebondissements jalonnent le parcours énigmatique de cette fuite. Cette enquête psychologique renvoie le lecteur à ses propres idéaux de jeune homme ou femme de vingt ans et ce que réellement ils ont fait de leur vie.

A mettre dans votre valise, à prêter à une copine, à offrir !

 

(…) ça me rappelle la maison de Margot à Antigny, pas toi? Je ne sais pas de quoi il parle. Je lui prends la main. Finalement, c'est assez facile de n'avoir pas de souvenirs. ça me rend sereine. Pour autant que j'aie pu en juger en observant d'autres couples, dès le début d'une histoire à deux, on accumule de la rancœur. J'ai déjà expérimenté les mauvais temps où l'on regarde l'autre avec des manques d'amour, de petites blessures accumulées qui finissent par faire de larges plaies. On dit toujours que ce qui nous tue pas nous rend plus forts, mais on devraient ajouter que ce qui nous mine quotidiennement finit par nous tuer !

Je suis lasse. Après l'euphorie je me sens désemparée. J'ai une brusque envie de faire demi-tour, mais pour revenir où ? Ce qui m'effraie, c'est le manque d'appartenance à la vie. La dernière phrase de Lucas me revient comme si je devais y déceler un sens caché :
Tu n'es pas ce que tu es. Tu es en devenir.
Elle est de Sartre, a-t-il dit. Je ne sais plus si je la découvre ou si je la connaissais déjà mais elle ne m'a jamais paru plus vraie aujourd'hui.

(…) C'est un peu trop facile. Je suis sûr que je ne pourrai pas m'endormir aussi sereinement que toi. Tu comprends? Mais oui chéri, j'ai perdu la mémoire, pas la compréhension! Et je dirais que c'est une raison de plus pour faire dormir les choses. J'essaie juste de suivre ce conseil que donnait ma grand-mère : ne jamais s'endormir sans penser que demain tout ira mieux.

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