Mon père sur mes épaules : Metin Arditi

Publié le 2 Septembre 2017

Mon père sur mes épaules : Metin Arditi

  "Les livres, c'est autre chose." comme une prophétie, c'est quelques mots symbolisent la vie de Metin Arditi et son lien au père. Père qui l'admire enfant, qu'il ne comprend pas à l'adolescence et recherche à l'âge adulte. 

 

   L'écrivain reste toujours un enfant en quête de reconnaissance. Metin Arditi revient sur son enfance heureuse (ou qu'il espère être heureuse) à Istanbul, ses années difficiles en internat (dès l'âge de sept ans), sa vie d'adulte avec comme toile de fond un père absent, sur la réserve. Un père qui ne félicite pas, un père neutre comme un étranger à qui on doit tout et qui ne vous épargne rien. Metin vit entre se réaliser et faire plaisir à son père, car même dans cette absence règne un pouvoir de toute-puissance.

   Dans la construction d'un homme, il faut se confronter au père, ce héros aux pieds d'argile. 

 

 Dans ce récit, le lecteur décèle un amour filial inconditionnel et surtout incompréhensif. Dans leur relation existe une dichotomie qui marque à la fois le respect et un amour non exprimé. Du regard de l'enfant admiratif devant l'élégance et la culture du père au jeune homme en lutte contre les idées paternelles qu'il réfute, se joue l'amour paternel. Cet amour s'exprime dans une retenue incompréhensive durant les premières années de la vie et dans une condamnation à l'âge adulte.

   Le lecteur trouvera dans ce récit ce qui fait de Metin Arditi un auteur de talent, sa manière de se livrer avec sensibilité, sans verser dans un pathos qui ne lui permettrait pas de se donner. Les souvenirs exprimés restent brefs et incisifs comme des coups de canif dans une mémoire qu'il désire honnête. Il se raconte et brise l'instant d'après ce souvenir pour s'adresser à son père, à la recherche d'une réponse. Mais hélas, la discussion se produit trop tard; son père est mort depuis vingt ans.

 

   Mais ce qu'il faudra retenir de ce récit sont ces quelques mots qui résonnent encore dans la tête de Metin Arditi : "Les livres, c'est autre chose".

Un souvenir nous embarrasse ? Faisons en sorte qu'il nous paraisse aimable. Ni une ni deux, on le maquille, on lui colle une barbe et des moustaches. Et une perruque, s'il le faut, on se débrouille, pourvu qu'il ait l'air présentable, qu'il nous soit doux, qu'en pensant à tel ou tel événement qui lui est lié, on puisse se dire : "Comme c'était formidable."

Tu n'étais jamais envahi par l'émotion"

Suis-je injuste? Ingrat? Peut-être. Il y avait dans sa posture quelque chose de maîtrisé, un brin distant. Etait-ce sa vanité de père face à tant d'amour exprimé devant la directrice et les professeurs qui nous entouraient à ce moment-là? Il devinait sans doute leurs pensées...Si sa présence déclenchait de telles manifestations de joie, c'est qu'il était ce père modèle.

C'était avant que j'avais besoin de ton soutien. De ta bienveillance. De ton estime. Avant. Quand je t'avais demandé de faire une partie de poker. Au moment où je m'attendais à te voir passer la porte de la clinique pédiatrique. Ou lorsque je t'avais annoncé que j'étais nommé professeur invité à l'Ecole polytechnique. Ou devant tes amis de la communauté juive, Ou encore avec le fabricant de tubes alimentaires...

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit..., #Rentrée littéraire 2017

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