La vengeance du pardon : Eric-Emmanuel Schmitt

Publié le 31 Août 2017

La vengeance du pardon : Eric-Emmanuel Schmitt

   Le pardon a toujours un goût étrange, il associe à la fois un désir d'oubli et à la fois un désir de vengeance inassouvi. La nuance reste toujours latente.

 

   Eric-Emmanuel Schmitt s'inspire de cette association saugrenue pour écrire des nouvelles qui feront douter le lecteur sur la notion du pardon. Les rencontres avec les protagonistes ne vous laisseront pas de marbre : Vous douterez de la douceur de cette charmante grand-mère; vous resterez fébrile devant cette paternité tardive; pardonneriez-vous le plus abject des crimes ?, prolongeriez-vous la vie de Saint-Exupéry?

    La structure des histoires ne suit pas un schéma structuré ou identique. Le lecteur perçoit ses morceaux de vie avec un regard neuf, celui du pardonnant. Cependant, méfiez-vous de cette image trop lisse de la femme aimante, de la soeur servile, du fils rédempteur et de la petite fille avide de rencontre. L'homme est un être ambivalent qui peut absoudre ou condamner. Nonobstant, le choix reste cornélien et force le respect.

 

   Si vous me demandiez de choisir une de ces quatre rencontres, je serais incapable de choisir. Mais me pardonneriez-vous cette absence de réponse?

 

   Mon premier coup de coeur pour cette rentrée littéraire !

Moïsette y réfléchit des semaines et se rendit à l'évidence : elle ne serait jamais sacrifiée parce qu'elle ne ressentait aucun attachement. Nulle affection ne l'inclinait à préférer sa soeur à elle. Au contraire. Voilà ce qui la choqua : elle découvrit que Lily l'aimait, tandis qu'elle ne l'aimait pas.
- Salope !
(les soeurs Barbarin)

Il se rappela le pari et décréta que l'aventure ne serait pas arrivée sans ce défi. En quelques secondes, il réaménagea ses souvenirs d'été, se peignit en manipulateur triomphant- James Bond en mission- et réussit à se redonner l'étoffe d'un héros. L'homme est ainsi fait que la culpabilité appartient aux émotions fugitives, le sentiment permanent demeurant l'estime de soi.
(Mademoiselle Butterfly)

- Dites-lui deux choses de ma part, maître. Dites-lui d'abord que je n'irai plus jamais le voir.
- Mais...
- Et dites-lui ensuite, maintenant qu'il a rejoint l'humanité...
Elle réfléchit, s'éclaircit la voix et prononça posément sa formule :
- Bienvenue en enfer !
Sans un mot de plus, elle raccrocha.

- Si tu avais été nazi, je t'aurais pardonné. Tu aurais commis une erreur, pas une faute. Après tout, pourquoi pas ? Chaque homme se fourvoie.Je répète aux jeunes qui jugent le passé qu'il s'avère simpliste de condamner rétrospectivement. Moi-même, j'ignore comment j'aurais agi, à ton âge, dans ton temps. Oui, papa, je t'aurais pardonné si tu avais adhéré au nazisme. Mais que tu le restes aujourd'hui ! Aujourd'hui!

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Rentrée littéraire 2017, #p'tit polar entre amis

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