S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

Publié le 25 Septembre 2016

S'abandonner à vivre : Sylvain Tesson

  La vie vaste engrenage où les existences se démènent, tentent avec les moyens du bord de s'élever au-dessus du rivage pour respirer. Cependant, parfois cette débâcle s'accompagne d'une lassitude latente et constante. La vie et ses évènements coulent sur des corps passifs qui contemplent une existence qui ne leur est pas acquise.

  Pas de lamentation, cette constatation est sans appel, implacable et ne souffre d'aucune nécessité d'explication.

  Dans le monde réel, deux camps s'affrontent les combattants arborant des gants de boxe pour lutter pour une vie qui leur semblera meilleure et les passifs qui acceptent sans broncher les aléas de la vie.

  Sylvain Tesson sillonne le globe pour extraire la moelle de l'homme. Dans des régions froides de Russie, il décapite les idées reçues du modernisme. L'auteur répare les cicatrices laissées ouvertes du passé. A chacun son combat, à chacun sa manière de s'approprier son existence.

   Le lecteur suit avec inquiétude, ses idées préconçues, se forgent des déroulements historiques ou évènementielles et se laisse souvent surprendre par des excipits souvent insoupçonnés.

Elle s'était mariée trois ans auparavant avec un médecin originaire de Dunkerque et je considérais cette union comme une insulte à "la vie dangereuse", chantée par Blaise Cendrars dont je vénérais l'énergie désordonnée et rabâchais les oreilles de la petite. Le mari, "le docteur", comme je l'appelais, était un bon garçon, du genre appliqué : huit ans d'études pour apprendre combien l'homme est vulnérable. Il rassurait le mourant, attendrissait l'arthritique et échauffait l'adolescence qui prenait les palpations pour une invite. Il était généraliste. Le terme s'appliquait aussi à ses idées. Yeux bleus, mèches blondes, chemise à rayures : il soulageait les gens sans se guérir lui-même d'une maladie grave : le conformisme.

(...) Depuis six mois, elle attendait que quelque chose se passe. L'hiver s'était abattu sur la région à la mi-septembre, gelant tout espoir d'imprévu. Le pays n'a pas son pareil pour écraser l'existence. La Sibérie avortait le temps., fauchait les jours. Les heures tombaient mort-nées. Ici, seul le fatalisme permettait de supporter la vie.

Puis il oublia Mauriac et se concentra sur la patrouille. A pas lents, les hommes traversaient le village d'Azamay, jetant des coups d'oeil par-dessus les murets, vérifiant les puits et les buses des canaux, saluant d'un geste un paysan qui s'en allait aux champs et détournant la tête lorsqu'ils tombaient sur un groupe de femmes, à la cueillette dans un verger. En général, les Afghans souriaient mais, parfois, ils passaient, placides, et les soldats sentaient un picotement dans la nuque et se demandaient si ce type en turban avec sa houe sur l'épaule ne dissimulait pas un de ces salopards inscrits au fichier américain.
Ce conflit, c'était un combat de rhinocéros contre des caméléons.
Mené dans un labyrinthe.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #des news

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