Anti manuel de Littérature : François Bégaudeau

Publié le 16 Septembre 2016

Anti manuel de Littérature : François Bégaudeau

J'aime la littérature voire j'en suis accro. Ce n'est pas une révélation ! Certes, je ne me contente pas de lui vouer un culte, j'aime qu'elle soit chahutée, prise à partie, descendue de son piédestal.

Donc, il est indiscutable que je me suis amusée avec cet anti-manuel de littérature. Arrêtons de sacraliser cet art et mettons-le à porter de nos contemporains. Attention, tout écrit n'est pas de la Littérature et tout scribouillard n'est pas écrivain !

 

Sur le ton de l'humour, parfois grinçant, François Bégaudeau argumente sur l'évolution de la littérature. Il anéantit avec finesse et discernement l'image idéalisée de l'écrivain. L'homme se confond rapidement dans le rôle qu'il s'est attribué et que les lecteurs lui ont décerné. 

 L'auteur revient facilement sur la définition de la littérature et lui ôte cet ornement magnifique dont il s'est entouré ou déguisé. Dans des discussions mondaines, il est de bon ton de connaître des oeuvres majeures et des auteurs incontournables cependant de ne pas avoir élucidé tous les méandres de l'évolution littéraire ne vous porteront pas préjudice.

 La littérature doit rester un plaisir, une rencontre ou une belle histoire.

 La lecture de cet ouvrage s'accompagne de rectus. Je le conseille aux professeurs qui veulent faire découvrir la lecture à leurs élèves. Parfois, certains mots sont difficiles mais le jeu de la recherche dans le dictionnaire est assez jouissif. Chaque chapitre se dote de textes peu connus qui permettent une lecture aérée.

 

 Continuez à lire ce qu'il vous plaira sans vous torturer parce que vous n'avez pas abordé le mouvement humaniste avant le symbolisme (notions qui vous semblent barbares) !

Littérature, c'est d'abord un espace à l'étage librairie de la fnac où, telles sardines verticales, se serrent des oeuvres participant de ce que Julien Gracq appelle la "chose littéraire" et qu'il définit comme "l'ensemble des productions d'imagination et d'art". Définition qui vaut surtout par ce qu'elle exclut. Au rayon littérature, peu de chance de trouver Cent Recettes périgourdines ou Papa est en tournage, recueil de témoignages sur les automutilations des fils d'acteurs connus. Mais encore?

Partant du principe moléculaire que l'unité littéraire de base est un énoncé, et du constat que nous en produisons tous, on peut dire que la littérature ça n'arrive pas qu'aux autres. ça peut vous tomber dessus à n'importe quel moment. Vous écrivez à votre soeur et soudain ça vous échappe, une configuration qui tue, un nouage inédit de sens au milieu d'un paragraphe globalement clicheteux.

Pour autant vous ne vous direz pas écrivain. Vous laissez ça à d'autres, qui ne se gênent pas pour s'autobombarder tels. Qu'ont-ils de plus que vous? Qu'est-ce qui les caractérise? Là, a priori, on voit pas bien. ça sent l'imposture. Nous voici partis pour identifier une inexistence, décrire un mirage. Où il se confirme qu'on a peur de rien.

Si l'écriture est jeu, elle a ses règles, ses ruses, ses trucs, ses techniques. Qui en parties s'apprennent. Aux Etats-Unis, la fabrication d'un roman s'enseigne dans les novel writing classes. En France la littérature est sacrée, et ce qui est sacré ne s'apprend pas. En France on s'accroupit au pied d'un chêne en attendant qu'une Muse en descende, avec un panier contenant un chef-d'oeuvre et un rillettes-cornichons pour la pause. Evidemment on a pas fait de plan, le plan fait fuir la Muse et les rillettes, on prévoit pas, on se lance dans l'inconnu, on a enlevé sa montre, on se prend pas la tête et le premier qui parle boulot fait la vaisselle.

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Rédigé par toujoursalapage

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