LE VOYANT : Jérôme Garcin

Publié le 15 Mars 2015

LE VOYANT : Jérôme Garcin

Y a quelqu'un qui m'a dit de lire :

 

Le Voyant de Jérôme Garcin

 

J'ai toujours été intriguée voire subjuguée par la capacité de certaines personnes de dépasser leur handicap; pas dans un syndrome de voyeurisme aigu mais dans une volonté de compréhension.

Donc quand un auteur, tel que Jérôme Garcin, rend un hommage vibrant à un résistant aveugle, mon impatience de découvrir cet homme méconnu de l'Histoire est stimulée.

 

Jacques Lusseyran mène une vie paisible, entouré d'une famille aimante. Ce garçon est déjà admiratif des choses qui l'entourent quand un camarade le pousse violemment. Son visage heurte une table, une branche de ses lunettes perce son oeil et par soutien son deuxième oeil meurt aussi. Aveugle par accident, il se forge un caractère, découvre le monde par tous ses autres sens qui se démultiplient.

Quand la Guerre est déclarée, son univers extérieur s'écroule. Il ne peut souffrir de l'absence de liberté. Il se lie d'amitié avec d'autres étudiants et entre en résistance. Il lutte, participe aux journaux libres, multiplie les actions contre les Allemands. Son déterminisme lui vaudra sa déportation à Buchenwald. Sa volonté de retrouver sa France libre lui permettra de survivre. D'autres de ses frères d'armes n'auront pas cette chance.

 

De retour en France, il ne sera pas reconnu comme héros. Il retournera à ses études afin de pouvoir enseigner la littérature. L'Etat lui refusera tous les postes en raison d'une loi stupide qui interdit aux handicapés d'enseigner.

L'Amérique lui donne cette chance qu'il anéantit pour le regard d'une femme.

 

Pendant ses années de lutte, Lusseyran écrit. Il offre ses mains aux prisonniers, il décline des vers, il communique avec les SS car la langue de Goethe ne lui est pas inconnue.

Il raconte son enfer dans plusieurs livres  autobiographiques, il s'essaie au roman et ne rencontre pas le succès.

Jacques Lusseyran meurt dans un grave accident de la route et la seule trace de cet accident dans les journaux se résume à "Deux habitants de Honolulu sont tués sur la RN 23" Ainsi va la postérité.

 

Jérôme Garcin permet au lecteur de comprendre les oubliés de la Grande Guerre. Il reconnaît le manque de discernement de la France face à ses héros. Cet auteur décrypte avec clairvoyance les incompréhensions de l'Etat qui gomme les actions des étudiants qui ont risqué et perdu leur vie pour notre idéal de liberté.

Jacques Lusseyran symbolise cette jeunesse anéantie tant par son absence de reconnaissance que par sa jeunesse à entrer en Résistance.

 

Tentative parfois avortée de créer une biographie romancée, le lecteur est plongé dans la vie hors du commun de Jacques Lusseyran mais a des difficultés à se lier au personnage. L'auteur place avec justesse des extraits de l’œuvre oubliée de notre héros. Par ce stratagème, Jérôme Garcin incite le lecteur à découvrir "Et la lumière fut" dont j'avoue avoir vraiment des difficultés à l'acquérir. Il me tarde de découvrir et de comprendre la propre vision de Lusseyran sur sa destiné.

Alors, quoi? Il y a simplement qu'il vécut la défaite de la France en cinq semaines et son occupation par les nazis comme un nouvel accident, un autre traumatisme. Neuf années après avoir perdu la vue, il perdait en effet son pays. C'était comparable, selon lui, à une seconde cécité : "Après la lumière extérieure, on m'ôtait la liberté extérieure: J'avais retrouvé la lumière, intacte, augmentée, au fond de moi. Cette fois, je voulais retrouvé la liberté tout aussi présente et exigeante. J'ai su qu'une deuxième fois le destin attendait de moi le même travail. Car j'avais appris que la liberté, c'est la lumière de l'âme. Il n'y a pas d'autre cause à mon engagement dans la Résistance." Oh, comme tout cela paraît simple et évident.

Henri Fertet, un lycéen de seize ans qui a participé à de nombreuses actions de résistance (prise d'un dépôt d'explosifs, destruction d'un pylône à haute tension, attaque d'un commissaire des douanes allemand), écrit à ses parents, avant d'être passé par les armes à la citadelle de Besançon, une lettre d'une exceptionnelle maturité : "Je meurs pour ma patrie, je veux une France Libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l'essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur." Recopiée par des mains anonymes, ronéotypée par les journaux clandestins, elle est lue, à la radio de Londres, par Maurice Schumann, la gorge serrée.

L'aveugle stigmatisait les aveuglements de ses contemporains : le fanatisme, l'autoritarisme, la concurrence, la jalousie, la haine, la publicité, la vénalité, les drogues, les sondages, le surarmement, et l'ego, ô l'ego, cette baudruche trop gonflée, cette caricature grimaçante du moi. Le moi, le vrai moi, était, pour lui, la seule richesse de ceux qui n'ont rien, la seule lueur d'espoir des désespérés, la seule capable de remplir le vide de l'existence. Le moi, fragile comme une plante, comme un paysage vierge, chaque jour plus agressé, plus inquiété.

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Rédigé par toujoursalapage

Publié dans #Y a quelqu'un qui m'a dit...

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